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Retour à l’anormal

Photo © Cato Beljaars

Ici un avis de recherche pour une chaussure perdue, là un matelas trônant en équilibre sur un parcmètre, une voiture circulant sur les rails du métro ou encore des piétons déambulant nus sous des buissons… Oui, on voit parfois des choses surprenantes à Bruxelles, pour peu qu’on ouvre les yeux. C’est justement le talent de Cato Beljaars. Depuis la pandémie, cette jeune journaliste photographie les loufoqueries qui fleurissent dans la cité de Magritte. Elle les compile ensuite sur un compte Instagram (le bien nommé Weird Things in Brussels) et désormais dans un livre. Prises sur le vif, parfois saisies par ses abonnés (plus de 85 000 !), ces petites scènes dessinent un drôle de portrait de la capitale. Vous avez dit bizarre ?

Quand avez-vous commencé à photographier des choses insolites à Bruxelles ? L’idée m’est venue durant la période du Covid. Pour me changer les idées, je parcourais la ville. En me baladant, j’ai remarqué beaucoup de choses étranges dans la rue, j’ai donc acheté un appareil photo pour les capturer. Un jour, dans une longue file d’attente au supermarché de mon quartier, le titre “Weird Things in Brussels” m’est apparu évident pour nommer ces découvertes. J’ai alors décidé de créer un compte Instagram pour partager ces images loufoques.

Quelle est la première chose que vous avez immortalisée ? Un mendiant, dans le centre-ville. Devant lui se trouvaient quatre gobelets. Vous pouviez choisir dans lequel jeter votre argent. L’un était destiné à la “baise”, un autre à la “bière”, puis au “manger” et le dernier au “LSD”.

Quelles sont les principales catégories de bizarreries ? Certains thèmes reviennent fréquemment. La mobilité est un sujet récurrent. Croyez-le ou non, il se passe beaucoup de choses étranges dans le métro, par exemple une mini-voiture circulant au milieu du couloir… J’ai aussi plein de photos de trottinettes. On en voit partout à Bruxelles. Elles sont garées dans des endroits improbables, au sommet d’une poubelle ou suspendues dans les arbres.

© Robbe Petit Jean

© Robbe Petit Jean

Que disent ces choses sur la ville ? Que tout est possible à Bruxelles ! Ses rues sont comme un musée rempli de pièces uniques. Il suffit d’ouvrir les yeux. Elle n’est pas la ville de René Magritte pour rien. Ces bizarreries traduisent son surréalisme.

Reflètent-elles aussi une sorte d’anticonformisme ? Oui, je crois. Il y a un certain chaos et un je-m’en-foutisme à Bruxelles. Par exemple, les gens déposent leurs ordures dehors quand ils le veulent. Les passants ne relèvent même plus les trucs bizarres et passent leur chemin.

Comment les Bruxellois réagissent-ils face à votre travail ? Ils l’apprécient parce qu’ils s’y reconnaissent. Je ne montre pas le meilleur côté de la ville, mais cela reste une bonne publicité car ces images la rendent unique ! Je pense que mon livre et mon compte Instagram incitent à séjourner ici pour des raisons optimistes et drôles !

Recevez-vous des contributions d’habitants d’autres villes ? Non, mais de nombreuses villes ont créé leur propre compte “Choses bizarres…”. À Anvers, Courtrai, Alost, Bruges ou Gand.

Quel est votre parti pris esthétique et artistique ? Au début, je voulais développer mes compétences de photographe de rue, prendre des clichés avec un éclairage et une composition impeccables. J’ai aussi acheté un appareil assez coûteux. Aujourd’hui, je ne recherche plus une image parfaite. Pour ce projet, le contenu prime sur l’esthétique. J’ai également remarqué que, sur mon compte Instagram, une photo “parfaite” récolte moins de “likes” et de vues… Sans doute parce qu’elle a l’air moins réelle et spontanée. Tout ça ne veut pas dire que je n’aime pas les bonnes photos. Pour Weird Things in Brussels, ce type de clichés fonctionne simplement mieux.

© Cato Beljaars

© Cato Beljaars

Quelles sont vos images préférées ? Celle où il est écrit “I Love My Mom” sur un banc, dans la rue, et sur lequel trois types sont assis. J’ai photographié cette scène dans mon quartier. Le soir, il y a des hommes qui traînent là en buvant de la bière. J’aime le contraste entre cette phrase si douce et l’atmosphère, sombre et dure. Il y a aussi cette publicité de Chanel avec Angèle. L’affiche qui s’est ratatinée et froissée donne un air fou à la chanteuse. Enfin, cette image surréaliste colle parfaitement au projet car Angèle est bruxelloise.


A LIRE ICI / LE MUSEE DES EGOUTS

1.

Propos recueillis par Julien Damien / Photo © Cato Beljaars

À visiter / @weirdthingsinbrussels

À lire / Weird Things in Brussels, de Cato Beljaars (Borgerhoff & Lamberigts), 200 p., 22,99€, borgerhoff-lamberigts.be

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