L’Automne à l’institut
Portraits croisés
Huit expositions en une ! L’Institut pour la photographie inaugure sa programmation automnale. Un événement immanquable à plus d’un titre. D’abord parce que c’est le dernier accrochage in situ avant de longs travaux et l’élévation d’un « nouveau quartier » exclusivement dédié à ce médium, en 2026. Par ailleurs, il focalise sur une sélection d’artistes aux projets bien distincts, mais pareillement fascinants. La preuve par quatre.
Claire Fasulo
Claire Fasulo souffre depuis l’enfance d’une curieuse phobie liée aux manèges. C’est justement pour comprendre cette angoisse qu’elle s’est confrontée à ce sujet, dans « une forme de catharsis ». Après le premier confinement, la photographe s’est baladée dans les allées désertées de la fête foraine de l’esplanade du Champ de Mars, à Lille. Souvent saisies à la tombée de la nuit, éclairées par la lumière artificielle des néons, ses images sont accompagnées par la bande-son d’une foule invisible et ses propres battements de coeur. Figeant des moments suspendus, elles véhiculent à merveille cette inquiétante étrangeté si chère aux surréalistes.

Kim en femme fatale II, janvier 1991, Paris © Bettina Rheims, courtesy Fonds de dotation de l’Institut pour la photographie, 2023
Bettina Rheims
Bien avant la révolution culturelle que l’on connaît aujourd’hui, Bettina Rheims effaçait dès le début des années 1990 la frontière entre masculin et féminin. C’est durant la réalisation de la série Modern Lovers qu’elle rencontre et portraiture Kim Harlow (née Alexandre Giraud), danseuse et chanteuse transgenre. La photographe lui demandera l’année suivante de redevenir le garçon qu’elle n’était plus, saisissant une émouvante transformation, ce moment de bascule où l’identité devient floue.
Olivier Despicht
Voilà plus de trente ans que ce Lillois place l’autoportrait au centre de son travail, selon des variations plutôt originales. En témoigne cette série réalisée dans… une cabine photomaton – parfois avec la complicité d’un technicien. Ludiques, ces 140 images jouent avec les poses des modèles, le cadrage, la lumière et racontent aussi sa propre vie. Les clichés le montrent d’abord seul, puis avec sa compagne avant que ne surgissent des « éléments perturbateurs » de petite taille…
Justine Pluvinage
Justine Pluvinage aime les histoires d’amour, parce qu’elles ont valeur de « mythe ». Les personnages au centre de son film (un couple de voisins), souffrent tous deux d’un handicap physique. Ce travelling arrière de six minutes nous montre Mourad avançant dans son fauteuil roulant, dans une rue de Lille. Coralie est assise sur ses genoux, vêtue de sa robe de mariée. En voix off, ils disent leurs chagrins, leurs espoirs et surtout l’indéfectible lien qui les unit.






