Home Exposition In the Eye of the Storm : Modernism in Ukraine, 1900 –...

Résistance active

Alexandra Exter (1882 – 1949),
Three Female Figures (1909-1910)
© National Art Museum
of Ukraine

Présentée à Madrid et Cologne, cette exposition rassemble des oeuvres mises à l’abri depuis le début des bombardements de Kiev par l’armée russe, en 2022. La plupart d’entre elles n’avaient d’ailleurs jamais quitté le pays. À Bruxelles, ce corpus exceptionnel révèle ainsi un mouvement né en Europe de l’Est au début du xxe siècle largement sous-estimé sous nos latitudes : le modernisme ukrainien.

Disons-le d’emblée, In The Eye of the Storm n’aurait sans doute pas vu le jour sans la guerre déclenchée par la Russie en Ukraine. « Ce parcours est le résultat de l’évacuation des chefs-d’oeuvre du Musée national d’Ukraine, et du Musée du théâtre, de la musique et du cinéma », explique Francisca Vandepitte, conservatrice de la collection d’art moderne aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Des centaines de trésors mis en sûreté et qu’il aurait été dommage de ne pas montrer. Bruxelles présente le « noyau » de cette exposition itinérante, soit une soixantaine de tableaux, dessins et collages, mais aussi des esquisses et projets pour des costumes de théâtre et d’opéra. Tous racontent l’ébullition artistique en Ukraine au début du xxe siècle, et concomitante des grands événements de cette période : l’effondrement des empires, la Première Guerre mondiale ou la fondation de l’URSS.

À la racine

Le modernisme « a posé les bases de l’abstraction du début du xxe siècle. Les artistes décortiquent la couleur, les surfaces planes, mènent des recherches plastiques », décrit la spécialiste. De fait, on croise plusieurs sous-courants à Bruxelles. Par exemple, les Three Female Figures (soit trois silhouettes bourgeoises sans visage) de la peintre Alexandra Exter sont devenues emblématiques du cubo-futurisme. L’immense Kasimir Malevitch, né en Ukraine avant de prendre un passeport russe, et dont on découvre ici quelques dessins, est quant à lui un pionnier de l’art abstrait.

Marko Epshtein (1899–1949), Violoncelliste (ca. 1920) © National Art Museum of Ukraine

Marko Epshtein (1899–1949), Violoncelliste (ca. 1920) © National Art Museum of Ukraine

Quête d’identité

Jusque-là ignorées, les relations de ces figures avec les réseaux artistiques en Europe surgissent à la faveur de ce focus. Ainsi, c’est à Paris, en 1909, que l’Ukrainien Mikhaïl Boïtchouk donne naissance au boïtchoukisme, mêlant arts moderne et folklorique. Les oeuvres témoignent de ces liens privilégiés. Il est ainsi difficile de ne pas penser à Braque ou Picasso face au Violoncelliste de Marko Ephstein (1920). In The Eye of the Storm est enfin un geste fort des commissaires ukrainiens associés à Francisca Vandepitte. « Ils veulent remettre en valeur l’art dans leur pays, qui a longtemps été noyé dans l’avant-garde russe », note-t-elle. Et ça n’a rien d’anodin, dans le contexte actuel.

Marine Durand / Photo : Alexandra Exter (1882 – 1949), Three Female Figures (1909-1910) © National Art Museum of UkraineEXPOSITION
Informations
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique
19.10.2023>28.01.2024mar > ven : 10h-17h • sam & dim : 10h-18h, 10 > 3€ (gratuit -18 ans)
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