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Liberté, égalité, sororité

(c) Clémence Gouy pour le WMA Festival / Le Metronum, 2021

Illustratrice et designer graphique originaire de Vannes, désormais installée à Amsterdam, Clémence Gouy s’est révélée avec ses compositions aux couleurs vibrantes célébrant ” l’empowerment féminin”. Fendant les airs sur leur skateboard ou pétrifiant les foules armées d’une basse, ces femmes fortes sont magnifiées à travers des aplats qui ne manquent jamais de relief – comme elles.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Au départ, j’ai plutôt suivi une formation de designer graphique. J’ai étudié à l’École de communication visuelle de Nantes. En parallèle, je dessinais beaucoup. De fil en aiguille, au gré d’images publiées sur le Net, j’ai commencé à recevoir de petites commandes de magazines indépendants ou pour réaliser des faire-part. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai créé mon statut de freelance en attendant de trouver un poste en agence de pub. Mais j’ai reçu tellement de commandes que j’ai finalement toujours travaillé à mon compte.

Votre maman est aussi illustratrice, n’est-ce pas ? Oui, les chiens ne font pas des chats ! J’ai beaucoup de souvenirs de ma mère nous faisant dessiner sur la table de la cuisine, nous invitant à plein d’activités créatrices.

Comment définiriez-vous votre style ? J’aime les couleurs vibrantes, assez flashy. J’utilise des formes pleines et plates, et souvent une légère texture poudrée, comme si on soufflait de la peinture sur les images. Cela permet de donner un peu de relief à ces compositions.

Clémence Gouy pour Wondher, 2019

Clémence Gouy pour Wondher, 2019

Qu’en est-il du choix de votre palette ? Le rouge, le rose et violet sont mes couleurs fétiches. Je choisis des tonalités contrastantes, pures, souvent très saturées. Et parfois des teintes un peu plus “terreuses” pour calmer le tout !

Quels sont vos thèmes favoris ? Je dessine beaucoup de femmes. De façon générale, mon travail porte sur l'”empowerment féminin”, la figure féminine forte. A travers mes images, j’évoque aussi des sujets qui me sont chers. Ça va de la représentation d’une diversité ethnique, de genre, de morphologie, aux problématiques LGBTQIA+. Tout n’a pas forcément une dimension engagée, mais j’essaie de montrer des physiques très variés.

(c) Clémence Gouy - illustration pour la marque Le Chocolat des Français, 2021

(c) Clémence Gouy – illustration pour la marque Le Chocolat des Français, 2021

 

Il y a aussi un petit côté psychédélique ici, n’est-ce pas ? Oui ! Dernièrement, je m’inspire d’ailleurs beaucoup des couleurs des affiches des années 1970, signées par des artistes comme Milton Glaser par exemple. Le graphisme des années 1960 à 80, voire 90, est une grande source d’inspiration. Généralement, j’aime les choses plutôt rétro. J’admire aussi Saul Bass, un maître de l’abstraction, ou encore Malika Favre, très forte dans l’art de la forme et de la contreforme.

Quelles seraient vos autres passions ? La mythologie, qu’elle soit grecque, viking, hindoue, japonaise… Je suis un peu une “nerd” dans ce domaine. Je suis fascinée par tout ce qui a trait aux folklores et à la cosmogonie de différentes cultures. Je glisse parfois quelques petits symboles ici et là dans mes images.

Quel est votre récit mythologique favori ? Celui de Méduse, dans la mythologie grecque. Elle est violée par Poséidon dans un temple dédié à Athéna. Certains parlent de son don de pétrification comme d’une punition de la déesse, d’autres d’une arme pour se défendre contre les hommes, ce qui est une lecture plus féministe. J’aime aussi la figure de Lilith, la première femme d’Adam, avant Eve, qui a été bannie du jardin d’Eden car jugée trop indépendante…

You Go Girl (c) Clémence Gouy

You Go Girl (c) Clémence Gouy

Sur quelles créations voudriez-vous attirer l’attention, parmi cette sélection ? Celle représentant une fille sur un skateboard où il est écrit “You go girl”. Elle est assez ancienne, je l’ai réalisée très tôt. J’étais à New York à ce moment-là, c’était le jour de mon anniversaire. J’avais envie de dessiner une image très positive, avec un personnage allant de l’avant. Celle-ci a déclenché beaucoup de commandes.

Elle symbolise la figure féminine forte… Oui, mais qui ne se prend pas trop au sérieux. L’image véhicule cette idée d’avoir confiance en soi, mais aussi pas mal de fun. Comme si je m’encourageais moi-même.

Propos recueillis par Julien Damien // Illustration : Clémence Gouy pour le WMA Festival / Le Metronum, 2021
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