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Face-à-face

Alber

Les Bordelais le connaissent déjà bien. Pour cause, ses portraits colorés ornent les quatre coins de la capitale girondine depuis plusieurs années. Si Alber cultive l’anonymat, respectant une certaine tradition du street art, ses œuvres parlent pour lui. Déclinés sur les murs comme sur la toile, ces visages peints à la bombe happent invariablement le regard. Quels sont ses secrets de fabrication ? Comment a-t-il forgé ce style unique ? Rencontre.

Vous êtes installé en Gironde mais êtes originaire du nord de la France, n’est-ce pas ? Oui, je suis né à Tourcoing. J’ai vécu une dizaine d’années à Mouvaux, près de Roubaix, puis ma famille s’est installée dans le Loir-et-Cher où je suis allé au collège, au lycée avant de passer mon BTS en communication visuelle. Ensuite je suis parti deux ans à Paris, que je voyais un peu comme un eldorado, à la fois pour trouver du travail comme graphiste et pour sa scène street art. Au bout de deux ans et demi en tant que freelance, j’ai rejoint un ami près de Bordeaux.

Vous êtes donc graphiste ? Je l’ai été pendant dix ans, mais j’ai la chance aujourd’hui de vivre uniquement du graffiti, en tant que street artiste.

Ce goût pour la peinture vient-il de votre enfance ? J’ai grandi dans une famille qui n’était pas vraiment attentive à l’art. Mon père aimait beaucoup la musique mais, moi qui peignais un peu ou dessinais, j’étais considéré comme “l’artiste de la famille”, et ça n’avait pas grand-chose d’un compliment !

Alber

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Alors, comment avez-vous découvert le street art ? En fait, ce qui me plaisait au départ c’était de faire des bêtises et d’écrire mon nom illégalement dans la rue ! Je ne voyais pas ça comme une activité artistique, même si j’ai en parallèle découvert le graff dans des magazines ou dans la rue à Paris. Ma culture s’est aussi forgée grâce à des films comme Sister Act, des séries comme Le Prince de Bel-Air. J’ai aussi écouté pas mal de rap et peut-être que cette musique a transformé peu à peu mes dessins.

D’où vient ce surnom, Alber ? Je me suis inspiré du prénom de mon grand-père, et j’ai choisi d’enlever le “t” final, tout simplement.

Travaillez-vous seulement sur des murs ? Non. La galerie d’art urbain Mathgoth, à Paris, m’a repéré lorsque je travaillais sur un gros spot de graffiti, et ils m’ont proposé de décliner mes fresques sur des toiles. Depuis j’use des deux pratiques. Je crée des toiles et je peins des murs, légaux ou illégaux.

Quelles sont vos techniques ? J’utilise les mêmes couleurs et les mêmes bombes dans les deux cas. Cela permet de rendre mon style reconnaissable. Pour un mur, le détail de la bombe suffit mais pour une toile, où il faut être plus précis, j’utilise des sortes de pochoirs que je découpe, zone par zone. Dans les deux cas, je dessine toujours en amont. Le vrai moment de créativité se situe avant d’arriver devant le mur.

Comment avez-vous trouvé votre style ? Il a évolué. Je viens du lettrage, du graffiti mais j’ai été influencé par certains graffeurs qui créaient des personnages, notamment le Belge Sozyone. De mon côté, j’ai privilégié de gros portraits. Au départ, je travaille sur la ligne puis cherche à donner du volume grâce aux camaïeux de couleurs. J’utilise trois gammes par dessin. Quant aux visages, ils viennent le plus souvent de banques d’images mais j’effectue pas mal de retouches pour grossir une bouche, changer une chevelure… Je cherche avant tout l’impact visuel, et que chacun puisse se raconter sa propre histoire devant ces regards en coin.

Alber

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Comment choisissez-vous vos murs ? Au début, je peignais beaucoup sur des terrains vagues. Mais j’aime aller au contact de la rue, dévoiler mes dessins à des gens qui aiment le street art comme à ceux qui n’aiment pas spécialement ça. Je cherche les endroits les plus visibles et de jolis supports, comme des parpaings rouges par exemple.

Avez-vous d’autres envies ? En ce moment, j’ai mon téléphone dans une main et l’autre main est posée sur une sculpture. Je façonne des visages en terre, je souhaite depuis quelque temps développer des choses en 3D. J’aime innover. J’ai par exemple tenté de réaliser des masques inspirés de mes fresques murales, qui s’adaptent ensuite aux statues. C’est important pour moi de me lancer des défis en permanence, et je rêve que mes sculptures apparaissent à un moment dans l’espace public, gratuitement. Parfois, cela fait du bien de sortir du graffiti.

Propos recueillis par Marine Durand

À visiter / alber.bigcartel.com@alberoner@alber.artiste

À voir / Exposition Instantanés
Nancy, Galerie Goslin Kunst, jusqu’au 23.04. ven & sam : 11h-18h, gratuit

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