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Les lois de l’abstraction

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Née à Anvers, Louise Mertens n’a jamais quitté sa ville natale (qu’elle trouve « belle et cool ») et y dirige désormais son propre studio. Son travail, lui, a déjà fait le tour du monde. Minimalistes et abstraites, glamour et futuristes, ses images ont tapé dans l’œil des plus grandes marques (de Levi’s à Dolce & Gabbana). Télescopant techniques analogiques et digitales, elles brouillent la frontière de plus en plus ténue entre réel et numérique, et révèlent avec poésie les dessous de notre monde visible…

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? J’ai suivi un master en graphisme à l’école d’art Sint Lucas, à Anvers. J’ai trouvé mon style assez tôt… sans doute trop pour être appréciée par mes professeurs. Je ne me suis jamais vraiment adaptée. À l’époque, c’était vraiment difficile pour moi. Dès l’obtention de mon diplôme, j’ai commencé à exposer, développer mon esthétique, travailler pour des clients. J’ai découvert ma “niche”, alliant art et artisanat à un design intelligent. C’est devenu la marque de fabrique de mon studio.

Comment définiriez-vous votre travail ? J’apprends toujours des façons de le présenter. Mais j’aime aussi le mystère… Ne demandez jamais à un chef son ingrédient secret ! Toutefois, je peux dire que je recherche des impressions futuristes dans tout ce que je réalise. Je m’impose aussi un défi en mélangeant les techniques analogiques et digitales, pour au final brouiller les frontières entre réel et numérique.

(c) Louise Mertens

(c) Louise Mertens

Comment cette envie de modifier vos photographies est-elle née ? J’adore rendre les choses méconnaissables. Expérimenter et créer à partir d’images déjà existantes. En cela le recadrage et la superposition m’intéressent beaucoup. Ces deux dernières années, je me passionne plus pour l’abstraction que la photographie. Tout est devenu si naturel depuis les premiers ordinateurs, la première version d’Adobe Photoshop… J’appartiens à cette première vague d’artistes numériques, aux digital natives.

(c) Louise Mertens

(c) Louise Mertens

Quel est votre processus créatif ? Je collectionne beaucoup de photographies et puise aussi dans mes archives pour les retravailler. J’élabore, manuellement, toutes sortes de textures. Je mélange, superpose et fusionne ensuite le tout numériquement jusqu’à aboutir à une forme de chaos. Ensuite je purifie la composition pour atteindre l’harmonie.

Comment choisissez-vous les formes ou les couleurs que vous appliquez à vos photographies ? Parfois à l’avance, lorsque l’on travaille sur un concept précis, par exemple. Mais la plupart du temps, tout cela se produit lors d’expérimentations. J’aime la beauté de l’échec. Mes formes et combinaisons de couleurs les plus intéressantes sont nées ainsi, de multiples essais.

Que voulez-vous exprimer ici ? Mes œuvres renvoient à la notion d’univers, d’espace, à l’inconnu. J’essaie de visualiser ce que nous ne pouvons pas percevoir avec nos yeux, dans notre monde physique. Lorsque je travaille sur des visages et des parties du corps, j’invente des créatures ressemblant à des Hommes mais avec des caractéristiques de robots. Je remplace les choses que nous considérons comme humaines par des formes abstraites.

Pourriez-vous décrire une image ? Votre préférée ? Pause, 2019. J’ai un lien particulier avec cette œuvre car elle symbolise une partie vraiment importante de mon travail : l’arrêt, le néant, la pause. Dans cet espace nous ne pensons pas, nous sommes. J’essaie souvent d’arrêter de penser une seconde pour simplement goûter, ressentir et entendre ce qui se passe autour de moi. Je ressens et fige alors un grand moment d’émotion. Ce que nous devrions tous faire plus souvent.

(c) Louise Mertens

(c) Louise Mertens

Quelle serait votre plus grande source d’inspiration ? L’art japonais semble ne pas vous laisser insensible… C’est vrai. Pour moi, il n’y a rien de plus pur que ce minimalisme profond, souvent propre Japon. Je recherche aussi cette cohérence dans la façon de m’habiller, de me comporter ou même dans la décoration intérieure.

Si vous n’étiez pas artiste, que feriez-vous ? Je travaillerais sans doute avec des animaux, peut-être dans un pays du sud !

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© Patrick Fouque