Home Exposition Fais le trottoir

Les murs ont la parole

©Caroline Vercruysse

Chaque week-end, l’association bruxelloise « Fais le trottoir » organise des visites guidées pas comme les autres. Des balades de deux heures autour de la thématique du street-art pour démystifier une discipline parfois mal perçue. « Les gens acceptent les fresques travaillées, mais il est important de montrer que de plus modestes graffitis relèvent aussi d’une démarche artistique » explique François, notre guide. Rejoignons-le au pied des murs !

En ce dimanche de printemps, un groupe d’une dizaine de touristes s’aventure dans une artère longeant le canal de Bruxelles. Ce quartier en pleine mutation présente de nombreux contrastes. D’un côté du trottoir s’élèvent le majestueux bâtiment de Tour & Taxis et le siège de la banque KBC, alors qu’en face on trouve des squats (tolérés), comme le Barlok, et des jardins partagés. Un couple d’Italiens, accompagné de ses deux enfants, écoute les explications du guide, également graffeur. Celui-ci décrit les différentes techniques et le matériel utilisé et s’attarde devant un premier flop (un lettrage effectué d’un seul trait), non sans livrer un rapide cours d’histoire du tag. « Ce graff est typique du style bruxellois. Les extrémités des lettres se caractérisent par des piques. Ce style date des années 1990, des crews comme RAB (Rien à Branler), CNN (Criminels Non Négligeables) ou NSE (Non Soumis à l’État) l’ont popularisé. à l’époque le graff traduisait une réelle origine sociale. Il était porté par des jeunes des quartiers populaires. Aujourd’hui on retrouve derrière ces tags des étudiants ou mêmes des médecins et des avocats ».

©Caroline Vercruysse

Circuit ouvert – Cela fait un an que l’association « Fais le trottoir » organise ces visites guidées. Quatre parcours sont proposés mensuellement dans divers quartiers de Bruxelles comme Saint-Gilles ou Neerpede. Il existe aussi des balades spécifiques autour des voies ferrées et même à Doel, un village abandonné près d’Anvers. Des promenades sont également dédiées à des écoles ou à des groupes. « On a aussi accueilli des seniors. Au début ils pensaient qu’on leur montrerait les fresques BD de la ville… » s’amuse Caroline Vercruysse, l’une des deux gérantes de l’association qui défend un but pédagogique. « Nous ne sommes pas là pour convaincre le public des bienfaits du street-art mais juste pour le décoder, qu’il s’agisse de graffitis légaux ou vandales. Nous tenons aussi à préserver son côté mystérieux. On ne va donc pas dévoiler l’identité des auteurs ».

Capitale du street-art ? – Au cours de la visite, le groupe croise plusieurs artistes en plein travail. « C’est tout nouveau ! Dans ce parc, la commune de Bruxelles a mis des murs à disposition des graffeurs depuis hier, mais seulement le week-end, précise Caroline. Au niveau institutionnel, c’est encore modeste par rapport à d’autres capitales. On compte pourtant ici des artistes renommés comme Bonom ou le collectif Créons. Le potentiel pour devenir une place importante du street-art est réel ». Le quartier du canal a ainsi eu la chance d’accueillir l’an dernier le festival itinérant Kosmopolite Art Tour. Le quai Béco, passage obligé de l’excursion du jour, héberge depuis une fresque collaborative monumentale de plusieurs centaines de mètres réalisée par Steve Locatelli, Mesk ou Parole. La démarche ne semble toutefois pas faire l’unanimité. Trésor, un habitué des visites, fait remarquer qu’à quelques mètres, sur la façade de la salle de concert du Magasin 4, on retrouve des tags « Fuck art, do vandal graffiti », ou « tagueurs rémunérés de merde ». Pas besoin de décortiquer ces messages pour comprendre ce qu’ils dénoncent…

Julien Collinet

Bruxelles centre, Forest, Ixelles, Neerpede, Canal, Saint-Gilles, Louvain-La-Neuve, Doel… Visite guidée graffiti et street art, 10 €, info et réservation : www.faisletrottoir.com ou la page Facebook de l’ASBL

Articles similaires