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Massacre à l’anglaise

Southcliffe, petite ville anglaise morne et triste. C’est dans cette bourgade (imaginaire) qu’en 2011, un solitaire est pris de folie. Et massacre une dizaine de personnes. Dépêchés sur place, les journalistes traquent le moindre indice – et chassent le scoop, surtout. La question du « pourquoi » sera-t-elle résolue ? Ce n’est pas vraiment le sujet. Mais le deuil, lui, demeure le canevas central de cette série étrange.

Ce drame fait trembler la petite communauté remplie de « voisins paisibles », comme toujours. Le réalisateur suit une famille, puis l’autre, scrutant les personnages dans leur triste intimité avant et après le massacre – chacun vit son deuil comme il peut. Ou ses deuils : comme ce soldat revenu d’Irak pas tout à fait guéri de ce qu’il a vu (ou fait) là-bas… À cette vie de l’après, s’ajoute en contrepoint la vision du journaliste David Whitehead. Lui a grandi ici, vivant une enfance pas facile (euphémisme) avant de filer à Londres. Le retour sur ces terres hostiles à plus d’un titre fait remonter de douloureux souvenirs (et quelques démons) à la surface. Pour revenir sur les causes et, surtout, les conséquences de cette tragédie, Tony Grisoni et Sean Durkin emploient le vieux procédé du flashback. Déstructurée et fatalement déroutante, la narration évoque celle de Sergio Leone dans Il était une fois en Amérique (1984). À la fois économe (de mots, de lumière, de gestes) et ambitieuse, cette minisérie ne convainc pas tout à fait. Reste néanmoins une fresque modeste, qui chamboule plus d’une fois.

Thibaut Allemand

De Tony Grisoni et Sean Durkin. Avec Sean Harris, Rory Kinnear, Shirley Henderson… (éd. Montparnasse, 15€, sortie le 03.02)

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