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L’enfance de l’art

(c) Todd Baxter

« Souviens-toi du futur », semblent nous dire ces images teintées de science-fiction vintage. Et faussement naïves. On l’aura compris : le travail de Todd Baxter est fait de contrastes. Son esthétique typique des années 1970, très colorée, affiche une autre constante : des enfants ou adolescents mis en scène dans des environnements hostiles. La poésie qui s’en dégage rappelle sacrément Wes Anderson. L’ancien photographe publicitaire ne nie d’ailleurs pas cette influence : « J’étudiais l’art au début des années 1990 et, à l’époque, on avait le sentiment que tout devait être morose. Lorsque j’ai vu Rushmore (1998), ce fut comme un rayon de soleil ». Retour sur un voyage entre deux âges.

Cet Américain installé à Los Angeles adore « la littérature enfantine sombre, comme les Contes de Grimm, où les gamins se confrontent au danger ». Todd passe parfois des mois à chercher l’inspiration autour de ce thème de l’enfance « où tout est à la fois mystérieux, merveilleux et horrible ». Il dessine d’abord sur un carnet, prend moult clichés avant de se lancer dans une longue étape de pré-production (choisir le lieu, les accessoires, construire le décor, etc.) puis vient le « shooting ». Selon lui, « une image n’est pas la photographie de quelque-chose, mais son idée ». La puissance poétique et symbolique de ses créations réside surtout dans le fait qu’elles racontent une histoire. Particulièrement dans le Project Astoria que nous présentons ici. Ecrite avec sa femme, Aubrey, cette utopie prévue en huit séries a pour cadre un système solaire éloigné et colonisé par l’Homme « peu de temps après que Neil Armstrong a marché sur la Lune », puis finalement laissé à l’abandon… « 15 ans plus tard, on suit la première génération d’Astoriens, devenus adolescents, dans un monde en délabrement. Ici, j’explore la transition entre l’enfance et l’âge adulte ». Le choix de ce sujet n’a rien d’innocent quand on sait les ascendances de Todd Baxter : « Mon père et mon grand-père étaient ingénieurs pour le US Space Program. Ils étaient chargés de construire des fusées nucléaires qui emmèneraient les humains sur Mars. Mais une fois que nous nous sommes posés sur la Lune, la conquête spatiale a été considérée comme terminée, et ce projet déman- telé. Aujourd’hui j’imagine ce à quoi ça aurait pu ressembler…». Que voulez- vous, on ne survit pas à son enfance.

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Julien Damien
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