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Silicone Valenciennes

NFIS Ridebowl Combat ©

Il sera encore l’une des grandes stars de la hotte du Père Noël : le jeu vidéo. Mais quels sont les secrets de fabrication de cette florissante industrie ? Reportage à Valenciennes, au sein de Supinfogame, l’une des écoles les plus réputées au monde.

L’endroit ressemble moins à une salle de classe qu’au poste de commandement d’une station orbitale. Derrière des dizaines d’écrans d’ordinateurs, les étudiants de 5e année sont répartis en six équipes et travaillent à l’élaboration d’un jeu vidéo unique, sorte d’examen de passage qui, peutêtre, deviendra un succès planétaire.

Autour de cette table par exemple, sept jeunes gens s’échinent sur un concept de First person shooter, dans le style de Doom, mais où cette fois l’avatar du joueur ressent… la peur. Celui-ci tremble, son rythme cardiaque s’accélère… Une jeune fille modélise les créatures effrayantes dessinées par son collègue, qui dit s’inspirer de Francis Bacon. Eh oui : ici, les maîtres-mots sont créativité et croisement des disciplines. On se dit alors que l’emploi du concept wagnerien d’oeuvre totale n’est pas usurpé – et que Pacman ou Mario ont pris un coup de vieux.

Opéra

« Le jeu vidéo, c’est l’opéra du xxie siècle : il réunit tous les métiers artistiques », assure Laure Casalini, directrice de Supinfogame – Valenciennes. Créée en 2002 à l’initiative de la CCI locale, cette école privée (comptez 8 000 euros l’année quand même) fait partie du groupe Rubika, qui comprend aussi Supinfocom, (animation en 3D), et l’ISD (design numérique). Toutes les trois déménagent ce mois-ci au sein d’une « Serre Numérique » de 17 hectares, aux côtés d’un centre de recherche, de startups, d’un studio de motion capture… pour former une Silicon Valley à la française, et une locomotive économique pour la région. Au sein de Supinfogame, près de 200 étudiants sont formés chaque année aux métiers « vidéoludiques ». Ils sont répartis en trois filières : le game design (la vision complète du jeu), le game art (son graphisme) et la programmation (sa réalisation physique). 95 % d’entre eux trouveront un emploi un an après avoir été diplômé (bac +5), dont une grande partie à l’étranger. Car les Français sont très appréciés.

Lapin crétin

Dans le bureau de Laure Casalini, une figurine à l’effigie d’un « Lapin Crétin », célèbre création d’Ubisoft, nous rappelle que le 1er game designer à avoir travaillé sur ce jeu « est un ancien de Supinfo », tout comme le jeune homme qui valide le contenu de la série Assassin’s Creed. Y aurait-il une French Touch dans les jeux vidéo ? « De part la richesse de notre culture, mais aussi notre esprit critique, oui, il y a une vraie sensibilité française, qu’on ne trouve pas en Asie ni aux états-Unis, et qui est très demandée ».

L’industrie du jeu vidéo n’a jamais été aussi florissante, générant en 2013 un chiffre d’affaires mondial de près de 70 milliards d’euros. Et la France se positionne, derrière les USA, comme le deuxième producteur de la planète. Laquelle se « gamifie ». « Les petits jeux sur smartphone ont élargi la cible, bien au-delà de celle de l’ado de 15 ans. Aujourd’hui on joue énormément, de plus en plus, et de 3 à 103 ans » conclut Laure Casalini. Une filière loin d’être « game over »…

 

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Julien Damien

A visiter / rubika-edu.com

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