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Sur un plateau

Ginkgopolis (The Experts) © Pearl Games

C’est l’histoire d’un ingénieur qui a tout plaqué pour faire de sa passion un métier. Au sein de Pearl Games, située à Frasnes-lez- Buissenal (près de Tournai), Sébastien Dujardin crée et édite des jeux de stratégie sur fond de références historiques. L’entreprise qu’il a fondée et dirige seul fait parler d’elle depuis Troyes, paru en 2010. En octobre, le Belge a présenté DEUS, son dernier bébé, dans la capitale mondiale du jeu à Essen*, en Allemagne, où il a écoulé ses 20 000 boîtes en deux jours ! Rencontre.

Quel est le principe de votre société ? Au départ, se faire plaisir en créant des jeux qui distraient les gens, pas d’en vivre ni en faire un métier. L’accueil de Troyes fut tel que j’ai poursuivi l’expérience dans ce secteur d’activité. J’ai été le premier surpris. Aujourd’hui, l’objectif est de sortir un jeu chaque année.

Vous conciliez travail et passion… Oui ! Même si j’ai commencé à jouer relativement tard, avec mon épouse, au début des années 2000… Et enfant je jouais, comme tout le monde, au Monopoly, à Puissance 4 ou à Qui est-ce ?, les grands classiques !

Jouez-vous toujours pour le plaisir ? Bien sûr ! Je m’amuse énormément avec les jeux des autres. Considérant ce domaine comme une science, j’effectue aussi une veille technologique. Là je suis rentré d’Essen avec une cinquantaine de nouveautés à tester.

Connaissez-vous votre public ? Des passionnés : pour Troyes, je me suis contenté de mettre les règles en ligne, un gars les a lues et le phénomène s’est emballé. C’est tout ce que j’ai fait niveau marketing.

Quels sont les ingrédients pour faire un bon jeu de société ? Il faut que l’ensemble soit cohérent : le graphisme, le niveau de complexité des règles… Le joueur doit avoir le sentiment de vivre une aventure. Il n’y a pas de recette miracle. Je dis toujours qu’il existe un jeu pour chaque joueur. Personnellement je préfère la stratégie pure et je me projette mieux dans l’Histoire que dans un monde imaginaire.

Quelles sont les étapes de la création d’un jeu ? Lorsqu’on tient une bonne idée, il faut rapidement concevoir des prototypes, avec des bouts de papier, du carton, le tout dessiné au crayon. Ensuite on commence à faire jouer les autres, en l’occurrence mon épouse et des amis, des gens en qui j’ai confiance, pour connaître leurs impressions. On écrit les règles, puis après quelques centaines de parties, on précise les paramètres. Le design doit être pris en compte dès le début : la taille des cartes, le type d’illustrations, l’allure du plateau…

A quoi ressemble DEUS, votre dernière création ? C’est un jeu de civilisation, le rêve de beaucoup d’auteurs ! Il se déroule dans le monde antique : il faut construire un empire, des routes, exploiter les ressources naturelles… Il faut aussi entretenir de bonnes relations avec les dieux, ne pas oublier les offrandes et l’élévation de temples fabuleux ! Ça se joue en une heure.

Le jeu a cartonné à Essen… Oui, tous les ans on reçoit un excellent accueil, nos créations correspondent bien au public d’Essen. C’est un très bon test. Depuis, j’ai reçu des demandes pour le traduire en six langues !

Et le prochain ? L’Auberge sanglante va sortir courant 2015. D’après L’Auberge Rouge, le film avec Fernandel. C’est un jeu de cartes un peu plus léger. On est les tenanciers de l’auberge et on détrousse et tue les clients pour leur vider les poches. Le thème est décalé et la durée de jeu est courte, autour d’une demi-heure.

* Essen, la référence des passionnés de jeux de société : 4 jours, 58 000 m2, 150 000 personnes, 41 pays et 850 jeux présentés en 2014, www.internationalespieltage.de

 

A lire aussi : Reportage à Supinfogame, Silicon Valenciennes.

Propos recueillis par Marie Pons / Photos Pearl Games

A visiter / www.pearlgames.be

28&29.03.2015, Festival du jeu et de la création Ludinord, Mons-en-Baroeul, Fort de Mons, www.ludinord.fr

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