Home Musique John Maher

Tambour battant

© Elisabeth Blanchet

L’Île de Harris, au large de l’Écosse. C’est ici, à Leverburgh, que vit l’ex-batteur des Buzzcocks. Aujourd’hui mécanicien, photographe et occasionnellement musicien, John Maher évoque ses années au sein de la fameuse formation punk rock de Manchester, sa passion pour la Coccinelle, les courses et les moteurs, et ses talents de photographe.

Son atelier de mécano donne sur la magnifique baie de Leverburgh. Aucune trace du passé punk de l’artiste ici. Entouré de machines et de pièces détachées, John répare et construit des moteurs. Sa spécialité ? Les modèles Coccinelle et Transporter de Volkswagen. « En 1977, après la sortie du premier EP des Buzzcocks, Spiral Scratch, j’ai voulu m’acheter une voiture. Le hasard a voulu que ce soit une Coccinelle. Je suis devenu obsédé par cette voiture », se souvient l’intéressé, qui découvre alors le monde des courses de dragsters – ici, des Coccinelles trafiquées. « Lorsque j’ai expliqué que j’avais bidouillé mon moteur, on m’en a commandés… » De câbles en accélérateurs, John devient un expert mondial. Ce qui lui plaît ? L’adrénaline de ces courses de vitesse en ligne droite sur 402 m, la minutie nécessaire à la fabrication du moteur. Et la satisfaction du résultat quand on l’entend tourner…

Première vague punk.

John compare d’ailleurs ces premières courses à la naissance du punk, au printemps 1976. « J’avais 16 ans lorsque j’ai rejoint les Buzzcocks. Je débutais à la batterie car j’avais remarqué, dans les petites annonces du Melody Maker que c’était le poste le plus demandé ». Le chanteur Howard Devoto tombe sur l’annonce d’une fille dans la revue musicale. Il l’appelle, pensant que ce serait plus original d’avoir une batteuse. « Elle s’est dégonflée en donnant mes coordonnées à Howard. Il est passé un midi, en me disant qu’ils jouaient de la pop high energy. J’ai répété avec eux le samedi, puis ils m’ont proposé de revenir ». Le tour était joué et l’école finie pour John. L’été 1976, les Buzzcocks commencent fort, en première partie des Sex Pistols. « Le punk est arrivé au moment où les gens commençaient à en avoir marre du rock progressif. C’était vraiment excitant, frais, nouveau. On ne réalisait pas vraiment l’ampleur du phénomène. C’est seulement maintenant, en regardant en arrière, que je me dis : “j’en faisais partie” ! D’ailleurs, Je ne pense pas qu’il y ait eu un mouvement comparable depuis », poursuit-il.

Rangé des voitures.

La carrière des Buzzcocks, aussi glorieuse soit-elle, est relativement courte. En 1981, le groupe se sépare et John, après quelques tentatives avec d’autres formations, se consacre à ses moteurs.
Très occasionnellement il remonte sur scène avec ses anciens comparses, mais toujours avec une idée derrière la tête. « Je me souviens d’une tournée aux Etats-Unis. Je voulais aller voir les spécialistes de Volkswagen à Los Angeles », avoue-t-il en souriant avant d’ajouter : « J’ai toujours pensé que les reformations de groupes, c’était nul. Mais rejouer à Manchester en 2012 m’a permis de revoir des gens que j’avais connus et de me prouver que j’étais encore capable de jouer à toute vitesse ! ».

La possibilité d’une île.

Harris, dans les Hébrides, est l’une des îles les plus éloignées du “mainland”. Fasciné par ce lieu depuis qu’il est gosse, John s’y est installé en 2002 avec son épouse Helen. Un endroit idéal pour y cultiver son autre passion : la photographie. « J’ai découvert le travail de l’américain Troy Paiva en 2009, via Lost America, qui immortalise de nuit des coins déserts et abandonnés. J’ai voulu comprendre comment il obtenait ces lumières, ces couleurs. J’ai acheté un appareil et suis sorti les nuits de pleine lune ». Il éclaire des voitures ou des baraques à l’abandon et redécouvre son île. Le paysage ne l’intéresse pas. « Je les utilise comme décor. Il y a toujours une maison, un tracteur, bref quelque chose d’abandonné au premier plan ». Il n’y a personne sur ses clichés : ce sont les traces humaines, de la vie, qu’il aime photographier.
Quelle sera sa prochaine aventure ? Pour l’instant, John semble comblé par ses trois activités. La musique demeure là, quelque part. D’ailleurs, il s’y remet avec The Things, formation qu’il a connue dans les années 1980. Dans un coin de son atelier trône une batterie, laissée en pension par une amie, qui parfois reprend du service…

Texte Elisabeth Blanchet Photos Elisabeth Blanchet / John Maher

A voir /
www.theflyingmonk.co.uk
johnmaherracing.com
www.buzzcocks.com
A lire /
The Buzzcocks : Harmony In My Head, Steve Diggle’s rock’n’roll Odyssey, Terry Rawlins & Steve Diggle, Helter Skelter Ed.,192 p., 2002

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