David Godevais
creuse son sillon
On n’avait pas vu ça depuis nos dernières vacances à Varsovie, en 1972 : des files d’attente de plusieurs dizaines de mètres à l’entrée des… disquaires ?! Oui : depuis 2010, à la mi-avril, a lieu le Disquaire Day, déclinaison francophone du Record Store Day. Son instigateur, David Godevais, revient sur l’origine et le fonctionnement de cette opération. Au risque, parfois, de tomber dans l’angélisme.
Qu’est-ce que le Disquaire Day ?
Une journée de soutien aux disquaires indépendants, née en 2007 aux États- Unis et lancée en France trois ans plus tard. Cette année, près de 600 références à tirage limité seront disponibles. à cette occasion, les artistes donnent des concerts, des séances de dédicace.
En France, environ 240 disquaires sont concernés par cette opération. Pourquoi uniquement des magasins indépendants ?
Car le Disquaire Day a été créé pour eux, qui sont un maillon essentiel de la diffusion de la musique. Ils ne sont pas tributaires des campagnes de marketing. Chaque commerçant choisit ses disques en fonction de ses goûts, de ses choix artistiques.
De la même manière, les labels indépendants sont-ils les seuls concernés ?
Non, les majors sont les bienvenues. Lorsque des musiciens souhaitent participer, leur maison de disque suit. Le Disquaire Day met un coup de projecteur sur toute la filière musicale, chacun y trouve son compte.
Cette année, sont édités des disques de Jimi Hendrix, Johnny Cash, Marvin Gaye… Sont-ils contents de participer ?
Certes pas, mais les ayant-droits sont consultés. C’est l’occasion de sortir des inédits ou des concerts de ces légendes.
Les labels ne font-ils pas un peu aussi les fonds de tiroir ?
Je ne pense pas. Si c’était pour le business, les labels se tourneraient vers les grosses chaînes. C’est vraiment pour faire plaisir aux fans. Ce n’est pas une opération sur laquelle les maisons de disques gagnent beaucoup d’argent : les tirages sont limités et surtout en vinyle.
Pourquoi en vinyle, d’ailleurs ?
C’est le format qui se vend le plus chez les indés. Le CD a beaucoup moins de force.
Pourquoi ?
Difficile de résumer. C’est une autre façon d’aborder la musique. L’écoute est plus exigeante et active : le son est moins compressé qu’un mp3, on doit changer la face… Et puis, on associe le vinyle à un bien culturel, plus beau, périssable et fragile. Aujourd’hui, 70% des consommateurs ont entre 18 et 35 ans. Parfois certains refusaient de mettre moins d’un euro dans un mp3, mais sont prêts à payer un disque 25 euros.
La question du pouvoir d’achat ne se pose-t-elle donc pas ?
Vous savez, des gens dépenseront des centaines d’euros pour un smartphone ou une paire de baskets – et quand on en connaît le prix de fabrication… C’est un achat plaisir. Je crois qu’on arrive au bout de la dématérialisation, le public veut quelque chose de concret. Le vinyle possède une âme, à la différence du CD ou du mp3.
N’y voyez-vous pas aussi une volonté de distinction, voire de snobisme ?
Je ne sais pas. J’ai acheté des vinyles toute ma vie ! Plus généralement, c’est un retour vers les commerces de proximité. On a tout déshumanisé dans nos sociétés – hypermarché, numérique, etc. On souhaite retrouver quelques valeurs : son boulanger, son poissonnier, son disquaire. C’est une tendance de fond. À Paris, s’ouvre un disquaire tous les trois mois. Le chiffre d’affaires est en progression moyenne de 15%, c’est assez important.
Disquaire, un métier d’avenir ?
Peut-être. Comme libraire, ce ne sont pas des professions où l’on roule sur l’or, mais où l’on peut vivre de sa passion.
Disquaire Day 2014
19.04, chez tous les bons disquaires, donc.
www.disquaireday.fr









