Home Exposition Serial Eater

Table à part

Edible Growth © Chloe Rutzerveld

Que mangerons-nous demain ? Comment produirons-nous notre alimentation ? Peut-on imaginer une assiette plus écoresponsable, sans se priver des plaisirs de la chère ? Autant de questions posées par le food design. Apparue au mitan des années 1990, cette jeune discipline ausculte nos goûts ou dégoûts, et pique le “serial eater” qui sommeille en nous. Présentée au CID (Grand Hornu), cette exposition fascinante en réunit les pionniers et les jeunes ambassadeurs.

Se nourrir est plus qu’une simple fonction vitale. Les futuristes italiens l’avaient bien compris. Au début du XXe siècle, ce mouvement pose un regard visionnaire sur notre pi- tance, pour la transformer en objet d’art. Les Transalpins organisent des banquets farfelus où l’on “déguste” par exemple du poulet farci aux roulements à billes, histoire d’offrir un petit goût métallique au repas… Cette appétence pour la technologie et la machine (et par rebond la SF) inspirera des années plus tard le food design. Le quoi ? Simplement le design appliqué à l’alimentation.

Chimère nature

Le premier à employer ce terme n’est autre que Martí Guixé. En 1997, le Catalan réinterprète le fameux pain à la tomate, emblématique de sa région. Baptisée Spamt, sa création prend la forme du fruit rouge, qui renferme tous les ingrédients originaux (et non plus disposés en équilibre sur une tartine). Pratique et esthétique. « On peut le savourer en marchant. C’est la même recette, mais il s’agit ici d’appréhender le plat d’une autre manière, de le rendre compatible avec nos vies nomades », explique Benjamin Stoz, le commissaire de cette exposition.

-Cakes, 2001 © Martì Guixé Ce gâteau s’offre comme un graphique avec le pourcentage des ingrédients le composant. Photo Inga Knoelke/Imagekontainer

-Cakes, 2001 © Martì Guixé Ce gâteau s’offre comme un graphique avec le pourcentage des ingrédients le composant. Photo Inga Knoelke/Imagekontainer

Dans le même ordre d’idée, l’Hommage à Jean Prouvé du Français Stéphane Bureaux (2004) est lui composé d’éléments préfabriqués à assembler à la maison. Poussant le pragmatisme à son paroxysme (au ridicule ?), la société japonaise Open Meals imprime des sushis répondant à nos carences. « Vos analyses de selles et d’urine sont envoyées au restaurant, qui vous mitonne ensuite votre repas idéal » – miam. Plus poétique, la Néerlandaise Marije Vogelzang a façonné des créatures chimériques, offrant ainsi une histoire à de la viande végétalisée, à l’image de ses “pontis”, mi- souris, mi-lièvres.

Le compte est bio

Est-ce vraiment si mal de jouer avec la nourriture ? À l’heure où l’Homme est de plus en plus soucieux de son alimentation, et surtout de son impact sur l’environnement, c’est de- venu une nécessité. Voici d’ailleurs tout le propos de cette exposition : « imaginer d’autres futurs alimentaires ». Chloé Rutzerveld interroge alors nos pratiques d’élevage en exhibant de grosses sauterelles difformes, sans ailes. Va-ton engendrer de super-insectes comme on a conçu de super-poulets pour doper notre production ?

Broiler’ Insects, 2019, © Chloé Rutzerveld L’avenir des insectes comestibles ?

Broiler’ Insects, 2019, © Chloé Rutzerveld L’avenir des insectes comestibles ?

Les végans, eux, trouveront sans doute leur bonheur avec les algues à cultiver chez soi (on crache dans le bocal pour créer le substrat) ou même… les lichens. « Honnêtement, ce n’est pas très bon, avoue Benjamin Stoz. Ça s’apparente à une sauce pesto terreuse ». Non, le goût n’est pas toujours au rendez-vous. « Les food designers ne sont pas cuisiniers, et inversement. Si les Français accordent une importance aux saveurs (question de culture) les Allemands ou les Hollandais seront plus spéculatifs, au détriment des propriétés organoleptiques ». Alléchantes ou pas, ingénieuses ou parfois effrayantes, ces créations bousculent d’abord nos a priori, nourrissant l’esprit avant même l’estomac…

Emome, 2017 © Rae Bei-Han Kuo Ce projet étudie le rapport entre sensations en bouche et émotions.

Emome, 2017 © Rae Bei-Han Kuo Ce projet étudie le rapport entre sensations en bouche et émotions.

Julien Damien
Informations
Hornu, CID, Centre d'innovation et de design au Grand-Hornu
27.06.2020>29.11.2020mar > dim : 10 h-18 h, 10 > 2 € (gratuit -6 ans)
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