A pied d’oeuvre

Rire avec Bergson, Ravel ou Bergman ? C’est possible. Dans son one-man-show, Alex Vizorek s’amuse de la littérature, du cinéma, de la musique… « L’art c’est comme la politique, c’est pas parce qu’on n’y connaît rien qu’on ne peut pas en parler », assure le Bruxellois. Entre ses chroniques sur France Inter (Par Jupiter !) ou C8 (Salut les Terriens !), le compagnon de jeu de Charline Vanhoenacker a trouvé le temps de nous répondre. Est-il une oeuvre d’art, comme l’annonce le titre de son spectacle ? A vous de juger.

Comment ce one-man-show est-il né ? En assistant à un spectacle de Fabrice Luchini. Il parlait de bouquins, vous donnait envie de lire et, surtout, on riait de sujets totalement inattendus et pointus. Je me suis dit qu’il y avait là une vraie ligne. J’avais moi-même envie de monter sur scène et j’ai commencé à écrire sur la culture. Je voulais que ce soit décalé voire intelligent, même si je n’aime pas trop le côté “humour intello”.

De quoi parlez-vous ? Chaque sketch évoque un art en particulier : la sculpture, le cinéma, la musique classique… Mais au fond, j’aborde un tas de choses : je fais des blagues politiques, de cul ou des mauvais jeux de mots. Je n’ai pas de prétention culturelle, mais si les gens se marrent et repartent de là avec l’envie d’entrer dans un musée, alors je n’aurais pas tout raté.

Par exemple ? Je détricote Mort à Venise de Visconti, en expliquant que le problème de ce film est dans le titre, car il annonce la fin : on sait que le héros va mourir et, de ce fait, c’est un peu long… Mais j’espère que les curieux dépasseront l’étape du sketch pour le regarder.

D’aucuns vous reprochent de vous “moquer” de la culture, donc de la desservir… C’est un procès facile, mais je peux comprendre qu’on déplore mes vannes sur Malevitch ou d’autres. En revanche, je crois le faire de manière très affectueuse dans la mesure où j’aime profondément ça. Il s’agit pour moi de désacraliser l’art car beaucoup se disent : « ça n’est pas pour moi ». Voilà mon leitmotiv : inciter les gens à se confronter à la culture, mais en utilisant l’humour.

Comment définiriez-vous le vôtre ? Vous revendiquez une certaine “bienveillance”… Ce n’est pas faux. Je n’ai pas spécialement envie de faire du mal aux gens, à des catégories comme les religieux par exemple. Et Dieu sait si je n’aime pas la religion… Mais je ne m’empêche pas de traiter ce sujet et j’aimerais qu’on rit ensemble. Par contre, je n’hésite pas à m’attaquer aux politiques, ad hominem. Parce qu’ils s’exposent et peuvent euxmêmes se montrer très violents. Cela ne me dérange donc pas trop d’accabler Fillon.

Qu’est-ce qui vous fait rire ? Je regarde absolument tout ce que proposent mes petits copains. J’assiste à un spectacle comique une fois par semaine. Je suis friand d’humour absurde, comme celui de François Rollin ou d’Arnaud Tsamere. J’adore aussi les vrais corrosifs comme Blanche Gardin ou Gaspard Proust. Bref, je suis plutôt un bon client.

© Leslie ArtamonowComment êtes-vous devenu humoriste ? Je n’étais pas un garçon très précoce. A 18 ans je ne souhaitais pas quitter ma famille, j’ai donc suivi des études à côté de chez moi. J’ai choisi les plus compliquées. En me disant : « si je rate, je tenterais un truc en-dessous ». J’ai donc passé cinq ans dans une école de commerce et entamé des études de journalisme à l’université libre de Bruxelles. Et puis j’ai tenté le cours Florent à Paris, histoire de ne pas avoir de regrets. J’y suis resté trois ans, j’ai rencontré Stéphanie Bataille qui a changé ma vie. Elle était ma professeure de one-man-show puis est devenue ma metteure en scène. A partir de là, tout a commencé…

Comment travaillez-vous avec Charline Vanhoenacker sur France Inter ? On se retrouve à 10 h et puis on réfléchit ensemble aux sujets qu’on va traiter, la façon dont on va agencer nos sketches… Aujourd’hui, les tâches sont mieux organisées, la quantité de travail est mieux répartie et, quand vient 17 h, normalement on est parés pour la blague et rigoler de celles des autres, car personne ne sait à l’avance ce qui va être dit. On arrive vraiment comme des enfants, prêts à jouer ensemble.

Votre rôle ? Je traite les journaux, je fouille un peu partout, de la connerie d’un ministre à la brève ridicule, j’essaie d’équilibrer les sujets comme dans un journal normal. Et puis je co-anime l’émission, je suis celui qui va poser la question que l’auditeur se pose chez lui.

Que pensez-vous de cette étiquette vous associant à un “humour belge” ? A-t-elle un sens ? Dans le Nord de la France, vous savez que c’est absolument galvaudé mais, comment dire… C’est comme une médaille sur une bouteille de vin. Une espèce de label de qualité, en l’occurrence de décalage et d’absurde. Moi ça ne me dérange pas, car c’est plutôt positif. Cette étiquette me sert mais, en réalité, mon inspiration humoristique est en France : je regardais la télé et écoutais la radio de ce pays, je connais mieux la politique hexagonale que belge, j’ai grandi comme un Français…

Connaissez-vous les Snuls ? Pour le coup, n’est-ce pas typiquement belge ? Bien sûr. On en diffuse parfois quelques sons. En fait, les vrais humoristes belges comme les Snuls ne passent pas la frontière. Parce qu’ils sont trop décalés. A côté de ça, il y a ceux qui ont fait un effort, comme Philippe Geluck ou nous maintenant (avec Charline Vanhoenacker). Et puis il y a Benoît Poelvoorde ou François Damiens : eux sont universels. D’ailleurs, Geluck ou Poelvoorde ont changé l’image du Belge. Sans eux, on n’aurait peutêtre pas eu autant de facilités.

Vous remplacez Stéphane Guillon dans Salut les Terriens !. Avez-vous hésité avant d’accepter ? Pas très longtemps. J’ai réfléchi une soirée, surtout pour voir comment j’allais m’organiser au regard de la quantité de travail. Mais c’est un des plus beaux postes de la télévision française. J’ai été surpris par la proposition. Plus jeune, je regardais les émissions de Thierry Ardisson comme Tout le monde en parle, elles m’ont en partie cultivé. Je suis donc très flatté de pouvoir me placer à ses côtés.

Que faites-vous de vos week-ends ? Eh bien je n’en ai pas ! Mais j’aime ça, je ne vais pas me plaindre. Tous les samedis je suis en tournée, le dimanche je joue à Paris, j’écris aussi pour Les Inrocks et d’autres choses qui, j’espère, vont aboutir. Quand j’ai deux heures de libres dans le train, je lis car j’ai aussi besoin d’ingurgiter des choses.

Avez-vous tout de même de bonnes adresses à nous indiquer à Bruxelles ? Evidemment ! Chez Alex, rue Haute dans le quartier des Marolles. Ils préparent un américain formidable. Si vous vous y arrêtez, faites-leur un coucou de ma part. On peut aussi citer le Pistolet Original près du Sablon. J’ai mangé des pistolets durant toute ma jeunesse et leur pistolet-hamburger est exceptionnel.

Un bouquin à nous conseiller ? Oui, Desproges par Desproges, publié par sa fille Perrine pour les 30 ans de son cancer. Voyez, elle transmet bien la tradition paternelle et, pour nous les comiques, c’est une mine d’or. Sinon, je peux vous conseiller un film dans lequel je joue (rires) : Madame d’Amanda Sthers, dans lequel j’ai obtenu mon premier tout petit rôle, mais aux côtés de Harvey Keitel, Toni Collette et Rossy De Palma, tout de même !

On vous verra aussi bientôt dans Les Affamés de Léa Frédeval, n’est-ce pas ? Oui, avec une fille du Nord, Louane. J’ai un rôle à peine plus important, je ne fais jamais plus de trois ou quatre jours de tournage moi (rires). Ici j’incarne deux personnages. Je suis à la fois le DRH d’une boîte où elle est engagée et un conseiller de Pôle Emploi. En gros, je représente le marché du travail, excluant désormais totalement les plus jeunes.

Un deuxième spectacle est-il prévu ? Oui, d’ici ces deux ou trois prochaines années. Mon téléphone est rempli d’idées. Dès que j’ai du temps, j’en mets une en pratique. J’essaie par exemple de monter un conte pour enfants avec une co-auteure et une dessinatrice. Je travaille aussi sur un scénario de BD, je ne peux pas vous en dire plus mais ça pourrait être une bonne surprise…

Propos recueillis par Julien Damien
Informations
Liévin, Centre arc en ciel
19.01.201820 h 30, 13 > 8 €
Grande Synthe, Palais du Littoral
19.04.201819 h, 15 € (+ Frédéric Fromet à 21 h)
Caudry, Théâtre de Caudry

Site internet : http://www.caudry.fr/fr/se-cultiver-a-caudry/le-theatre.html

20.04.201820 h 30, 25/16€
Bray Dunes, Salle Dany Boon
21.04.201820 h 30, 10 > 5 €
Sallaumines, Maison de l'art et la communication

Site internet : http://www.ville-sallaumines.fr/Ville-pratique/Culture2/Programmation-de-la-saison-2013-2014

22.04.201816 h , 10€
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