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	<title>LM magazine &#187; IMA</title>
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	<description>Cultures et tendances urbaines</description>
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		<title>Fares Cachoux</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2024 06:35:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Damien]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;oeuvre de Fares Cachoux est avant tout affaire de contraste : entre la beauté de ses images, pop et minimalistes, et la dureté du propos, évoquant la guerre, l&#8217;exil, l&#8217;oppression des femmes&#8230; Dit autrement, l&#8217;artiste <em>« saupoudre la mort de sucre »</em>, explique-t-il, en citant une expression syrienne. <em>« Il ne s&#8217;agit pas de rendre l&#8217;horreur acceptable, mais regardable</em> ». C&#8217;est par exemple cette mouette posée sur le dos d&#8217;un cadavre de migrant flottant dans la Méditerranée, ou cette scène s&#8217;apparentant à une superbe nuit étoilée. En s&#8217;approchant, on découvre en réalité un hélicoptère lâchant une bombe sur des maisons, enflammant les ténèbres de braises&#8230; Ce tragique événement s&#8217;est déroulé en 2015 à Daraya, dans la banlieue de Damas, ville sur laquelle s&#8217;est acharné le régime de Bachar al-Assad. <em>« On ne sait pas combien il y a eu de victimes</em>, soupire notre hôte. <em>Cette œuvre est inspirée d&#8217;une vidéo filmée par un activiste. Je l&#8217;ai reproduite à ma manière, en l&#8217;habillant avec poésie, pour que les gens ne détournent pas les yeux face à ce crime, sans le dénaturer »</em>.</p>
<div id="attachment_157701" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2024/03/fares-cachoux-21.jpg"><img class="size-full wp-image-157701" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2024/03/fares-cachoux-21.jpg" alt="© Julien Damien" width="800" height="533" /></a><p class="wp-caption-text">© Julien Damien</p></div>
<p><strong>Le boucher de Damas </strong></p>
<p>Né en 1976 à Homs, en Syrie (où il est désormais <em>persona non grata</em>) Fares Cachoux a d&#8217;abord suivi des études d’ingénieur informatique à l’université d’Alep, puis en art numérique à Paris, avant de travailler durant une dizaine d&#8217;années pour des musées, dans le Golfe. Et puis survient la révolution syrienne, en 2011. Il décide de tout quitter, pour élaborer son propre langage visuel, et dénoncer l&#8217;innommable. L&#8217;une de ses premières créations représente la <em>« sinistre silhouette »</em> de Bachar al-Assad faisant face à des mômes, un couteau de boucher caché derrière le dos. L&#8217;oeuvre, désormais publiée dans les manuels scolaires français, dénonce le massacre perpétré à Houla en 2012, où les milices du dictateur ont tué, <em>« principalement à l&#8217;arme blanche »</em>, 108 personnes, dont 49 enfants. Dans cette même image on remarque également une des signatures stylistiques de Fares Cachoux : le cercle. <em>« Il me sert à attirer les regards vers l&#8217;épicentre de la composition. Mais on peut aussi y voir un soleil »</em>. Comme dans cette impression où une femme, allégorie de sa ville natale de Homs (<em>« martyrisée car très vite engagée dans la révolution »</em>) porte sur son dos toute la Syrie, gravissant les marches d&#8217;un escalier pour l&#8217;emmener vers la lumière.</p>
<div id="attachment_157702" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2024/03/fares-cachoux-22.jpg"><img class="size-full wp-image-157702" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2024/03/fares-cachoux-22.jpg" alt="© S. Castel, IMA-Tourcoing (8)" width="800" height="533" /></a><p class="wp-caption-text">© S. Castel, IMA-Tourcoing (8)</p></div>
<p><strong>Femmes libérées</strong></p>
<p>Profondément engagé, le travail du Franco-Syrien n&#8217;est pas non plus dénué d&#8217;humour. En témoigne la série <em>Eye to Eye</em>. Résultant de ses années passées dans les pays du Golfe, celle-ci interroge la relation entre tradition et modernité, ce bizarre antagonisme entre rigorisme religieux et capitalisme, <em>« dans une zone du monde qui a connu des mutations brutales, avec la découverte du pétrole et cette richesse soudaine »</em>. Son fil conducteur ? La femme, toujours cachée derrière un niqab et des lunettes de soleil. Son identité est invisibilisée, mais pas sa personnalité ni sa soif de liberté. : elle est ici casse-cou sur un skate, là aventurière au guidon d&#8217;une grosse moto ou rockeuse, formant les cornes du diable avec ses doigts&#8230; Faut-il y voir un symbole féministe ? <em>« Peut-être, mes œuvres ne portent aucun jugement,</em> élude l&#8217;intéressé. <em>Disons que j&#8217;essaie de rendre hommage aux femmes, qui subissent tant d&#8217;injustices au fil des siècles »</em>. En témoignent les quatre reines orientales accueillant le visiteur, à l&#8217;entrée de l&#8217;IM<em>A, </em>et semblant en harmonie avec la faune et la flore &#8211; comme si elles étaient elles-mêmes la nature<em>. <span class="has-pullquote" data-pullquote="« Si l'on vivait dans une société maternaliste, le monde irait sans doute beaucoup mieux »">« Si l&#8217;on vivait dans une société maternaliste, le monde irait sans doute beaucoup mieux »</span></em>, dit-il. Au terme de cette exposition, on découvre enfin la dernière grande préoccupation de l&#8217;artiste : le péril climatique. Elle est ici résumée par une image post-apocalyptique. On y voit un oiseau posé sur un caddie à la renverse, vestige de la société de consommation, sur lequel la nature a repris ses droits. Son nom ? <em>A Better World</em>&#8230; Tout est dit !</p>
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		<title>Étienne Nasreddine Dinet et l&#8217;Algérie</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Sep 2023 00:00:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Julien Damien]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Étienne Nasreddine Dinet et l'Algérie]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est une figure majeure de la peinture orientaliste… et en même temps une exception dans ce courant né avec le colonialisme. L’oeuvre d’Étienne Dinet se situe en effet à rebours des visions exotiques, voire carrément fantasmées, de la plupart de ses contemporains. En 1884, le Parisien est âgé de 23 ans lorsqu&#8217;il découvre l&#8217;Algérie. Dès son premier voyage, il tombe amoureux du pays : de ses décors, ses paysages, ses habitants surtout… jusqu&#8217;à s&#8217;installer sur place (dans la maison de son ami Sliman Ben Ibrahim) puis se convertir à l&#8217;Islam. En 1913, ce chrétien français d&#8217;origine bourgeoise devient ainsi Nasreddine. Issu de l&#8217;école du réalisme (pensez à Jean-François Millet), l’artiste saisi avec justesse son quotidien, dans une palette extrêmement riche et contrastée, tout en le magnifiant sous la lumière vibrante du Sahara, comme en témoigne cette exposition &#8211; la première qui lui est consacrée depuis 1930. Ici des bavardages d’enfants accroupis sur le sol, là des musulmans en pleine prosternation au lever du jour ou encore l&#8217;âpreté de la vie des bédouins. Autant de scènes saisies avec un regard humaniste, qui frappent par leur expressivité, et signées par un homme qui n&#8217;aura de cesse de tenter d&#8217;unir ses deux pays de coeur.</p>
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		<title>Photographier l&#8217;Algérie</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 04:30:34 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Thérèse Rivière]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Pour Françoise Cohen, monter une exposition de photographie sur l&#8217;Algérie était <em>« une évidence »</em>. Parce que la relation entre ce pays de plus de 42 millions d&#8217;âmes et la France est viscérale. Ensuite, parce que <em>« la photo est pratiquement née en même temps que cette conquête coloniale</em>, explique la directrice de l&#8217;IMA de Tourcoing. <em>L’une et l’autre se développent ensemble »</em>. Les premiers Européens débarquent en effet sur ce territoire vaste comme cinq fois l&#8217;Hexagone en 1830, armés des daguerréotypes tout juste mis au point par Louis Daguerre. <em>« La vision initiale est donc celle de touristes fortunés en quête d&#8217;exotisme »</em>, selon l&#8217;historienne Marie Chominot. Au début de ce parcours chronologique, on découvre ainsi des &#8220;indigènes&#8221; dans leur appartements, en tenues folkloriques, dans la droite ligne de la peinture orientaliste.</p>
<div id="attachment_96741" style="width: 243px" class="wp-caption alignright"><img class="size-medium wp-image-96741" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/2-233x300.jpg" alt="1. © Neurdein Frères, Photothèque de l’IMA, Paris " width="233" height="300" /><p class="wp-caption-text">1. © Neurdein Frères, Photothèque de l’IMA, Paris</p></div>
<p><strong>Voile de confusion</strong></p>
<p>Cette exposition ne retrace toutefois pas l&#8217;histoire exhaustive de l&#8217;Algérie. Elle offre plutôt une multiplicité de points de vue, et une réflexion sur la nature même de l&#8217;image. <em>« Elle part d&#8217;un constat simple : la photographie ne dit pas la même chose selon son auteur et sa destination</em> », insiste Françoise Cohen. A l&#8217;instar du travail minutieux de Thérèse Rivière. Partie dans les Aurès en 1935, l&#8217;ethnologue française s&#8217;immergea dans le quotidien de la population locale, les Berbères chaouis. Ses clichés pris au Leica, sur le vif, traduisent toute son empathie. Surtout, ces sourires de femmes s&#8217;échinant dans les champs contrastent terriblement avec les regards foudroyants des Algériennes dévoilées, capturés par Marc Garanger. Dès mars 1960, ce soldat réalisa à la demande des autorités françaises des portraits forcés de 2 000 autochtones. Il s&#8217;agissait de leur attribuer des cartes d’identité, afin de contrôler les rebelles.</p>
<div id="attachment_96742" style="width: 780px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-96742" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/11-770x1024.jpg" alt="Marc Garanger, Femme algérienne, 1960 © Marc Garanger, musée Nicéphore Niépce, Ville de Chalon-sur-Saône" width="770" height="1024" /><p class="wp-caption-text">Femme algérienne, 1960 © Marc Garanger</p></div>
<div id="attachment_96743" style="width: 310px" class="wp-caption alignright"><img class="size-medium wp-image-96743" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/17-300x196.jpg" alt="© Fonds Mohamed Kouaci" width="300" height="196" /><p class="wp-caption-text">© Fonds Mohamed Kouaci</p></div>
<p><strong>Guerre d&#8217;images</strong></p>
<p>En pleine guerre d&#8217;Algérie, le déséquilibre entre images de colons et colonisés s&#8217;accentue. <em>« Toutefois le camp des indépendantistes s’empare de la photographie comme d’une arme de propagande</em>, resitue Marie Chominot. <em>Dans ses représentations, l&#8217;armée française ne faisait pas la guerre mais la paix. Depuis le maquis, les Algériens montraient quant à eux les combats, les villages incendiés, les victimes… »</em>. Responsable de l’organe de presse du FLN, Mohamed Kouaci fut lui bloqué aux frontières de son pays. Ce pionnier de la photographie algérienne révéla de nombreux camps de réfugiés. Dans ce contexte, il immortalisa ce visage très dur d&#8217;enfant. Il répond à ce portrait de jeune femme hurlant à la fenêtre d&#8217;une voiture, drapeau en main, saisie le jour de l&#8217;indépendance par Marc Riboud.</p>
<p>Didactique, cet accrochage révèle aussi des partis pris artistiques fascinants. Tel celui de Bruno Boudjelal, lancé sur les traces de ses origines paternelles, en 1993, durant les années noires. Le Franco-Algérien ne connaît encore rien à son art, mais ses productions floues et décadrées (car contraintes par la discrétion) esquissent un récit à la fois documentaire et personnel. Il touche à l&#8217;intime pour mieux atteindre l&#8217;universel. Une question de regards…</p>
<div id="attachment_96745" style="width: 1005px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-96745" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/15-1024x672.jpg" alt="Marc Riboud, Alger, 2 juillet 1962 © Marc Riboud" width="995" height="653" /><p class="wp-caption-text">Marc Riboud, Alger, 2 juillet 1962 © Marc Riboud</p></div>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96762" target="_blank"><strong>A LIRE AUSSI : BRUNO BOUDJELAL</strong></a></p>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2019/03/01/benjamin-stora/" target="_blank"><strong>A LIRE AUSSI : L&#8217;INTERVIEW DE BENJAMIN STORA</strong></a></p>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96979" target="_blank"><strong>A LIRE AUSSI : L&#8217;INTERVIEW DE MARIE CHOMINOT</strong></a></p>
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		<title>Bruno Boudjelal</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 02:54:28 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Membre de la prestigieuse Agence VU, Bruno Boudjelal demeure une référence de la photographie contemporaine. Il a notamment reçu le prix Nadar, en 2015, pour son ouvrage <em>Algérie, clos comme on ferme un livre ?</em>. Pour autant, cette carrière aurait débuté <em>« par hasard »</em>. Né en 1961 d&#8217;une mère française et d&#8217;un père algérien, il grandit en Seine-Saint-Denis, <em>« dans une cité improbable »</em>. La trentaine venue, alors guide en Asie, il éprouve le besoin de se confronter à ses racines, près de Sétif. En 1993, il se lance équipé d&#8217;un petit appareil photo. <em>« Un ami a insisté pour que je le prenne. A ce moment-là, je n&#8217;y connaissais rien, pas même le nom de Cartier-Bresson ! »</em>. Mais ce voyage va changer son destin, et fixer sa pratique. à cette époque, l&#8217;Algérie est dangereuse, <em>« en pleine guerre civile »</em>. Il manque de se faire tuer le premier jour. <em>« J’ai vite compris qu&#8217;il ne fallait jamais sortir l’appareil »</em>. Contraint à la discrétion et à des lieux sécurisés chez des proches à Alger, Sétif ou Oran, Bruno Boudjelal ne regarde jamais dans le viseur. Ses clichés de scènes quotidiennes, dans un pays alors fermé sur lui-même, détonnent : ils sont flous, décadrés, pris à travers des vitres et, surtout, instinctivement. Sa technique est née. Entre le documentaire et l&#8217;autofiction, son travail met en perspective l&#8217;intime et l&#8217;universel car, dit-il, <em>« ce sont les petites histoires qui font la grande »</em>.</p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96933" target="_blank">A LIRE AUSSI : L&#8217;INTERVIEW DE BRUNO BOUDJELAL</a></strong></p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96734" target="_blank">A LIRE AUSSI : PHOTOGRAPHIER L&#8217;ALGERIE</a><br />
</strong></p>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/blog/2019/03/01/benjamin-stora/" target="_blank"><strong>A LIRE AUSSI : L&#8217;INTERVIEW DE BENJAMIN STORA</strong></a></p>
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		<title>Bruno Boudjelal</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 00:15:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[<p>Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? C’est une longue histoire (rires). Mon père est algérien et ma mère française. J&#8217;ai grandi en...</p>
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]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?</strong> C’est une longue histoire (<em>rires</em>). Mon père est algérien et ma mère française. J&#8217;ai grandi en Seine-Saint-Denis dans une cité hautement improbable jusqu&#8217;à l&#8217;âge de 12 ans, puis j&#8217;ai été confié à mes grands-parents français vivant dans le centre-ville de Montreuil, afin de m&#8217;éloigner de ce quotidien difficile. Ensuite, j&#8217;ai travaillé comme guide en Asie du sud-est, accompagnant des touristes lors de trekkings. Je n&#8217;avais alors pas du tout l&#8217;ambition de devenir photographe.</p>
<p><strong>Pourquoi êtes-vous parti en Algérie ?</strong> Mon origine algérienne m’avait toujours été cachée. Je ne connaissais que le lieu de naissance de mon père, découvert fortuitement sur le livret de famille. Il avait coupé les ponts depuis 45 ans avec les siens, sans jamais leur donner signe de vie. En 1993, j’ai décidé de me lancer sur les traces de ma famille paternelle, à la recherche de mon histoire, cette part de moi qui me manquait. Mon père devait m&#8217;accompagner lors de ce voyage mais n&#8217;est finalement pas venu. Je suis donc parti seul, pour la première fois, vers un pays inconnu et alors en pleine guerre civile&#8230;</p>
<div id="attachment_96941" style="width: 1005px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-96941" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/boudj9961-1999nb052-1024x683.jpg" alt="(c) Bruno Boudjelal" width="995" height="664" /><p class="wp-caption-text">(c) Bruno Boudjelal</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pourquoi vous êtes-vous équipé d&#8217;un appareil-photo ?</strong> C&#8217;est un ami qui a insisté pour que je le prenne. C’était un Nikon S, vendu dans le commerce et à destination des amateurs. Il m’a montré comment il fonctionnait car je n&#8217;y connaissais absolument rien, pas même Cartier-Bresson ! Voilà comment mon histoire avec la photographie a débuté&#8230;</p>
<p><strong>Quel fut votre point de chute en Algérie ?</strong> Chez la sœur et le beau-frère d&#8217;une amie, qui habitaient l&#8217;une des banlieues les plus chaudes d’Alger. Lorsqu&#8217; ils m’ont demandé la raison de ma présence ici, je leur ai répondu que j&#8217;étais photographe. Ils m&#8217;avaient bien prévenu qu&#8217;on ne pouvait pas prendre de clichés en Algérie mais, pris par mon propre mensonge, je leur ai assuré que j&#8217;avais l&#8217;habitude de ce genre de situation (<em>rires</em>) !</p>
<p><strong>Comment avez-vous pris vos premières images ?</strong> Dès le lendemain, je suis parti avec mon appareil en bandoulière et, évidemment, j’ai failli me faire tuer le matin même. J’ai alors vite compris qu&#8217;il ne fallait jamais le sortir. C’était trop dangereux, entre les attentats et assassinats perpétrés sur les ressortissants étrangers, la suspicion et l’insécurité, les &#8220;ninjas&#8221; sillonnant les rues d’Alger…</p>
<div id="attachment_96942" style="width: 1005px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-96942" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/boudj9961-1999nb073-1024x666.jpg" alt="Bruno Boudjelal" width="995" height="647" /><p class="wp-caption-text">Bruno Boudjelal</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Avez-vous finalement pu retrouver votre famille paternelle ?</strong> Oui, dans un petit village de la région de Sétif, où j&#8217;ai été accueilli par des youyous ! Lors du deuxième voyage, j&#8217;ai réussi à convaincre mon père de venir avec moi. J&#8217;avais cette fois décidé d&#8217;y aller sans appareil photo, car c&#8217;était trop compliqué. Mais le hasard m&#8217;a de nouveau rattrapé. Quelques jours avant de partir, j&#8217;ai croisé un ami à la sortie d&#8217;un McDo, avec sa fille. A l’époque, le menu-enfant était accompagné d&#8217;un petit appareil photo en plastique, mais qui fonctionnait ! Ils me l&#8217;ont prêté. Une fois en Algérie, personne n’a pu imaginer que j’étais en train de prendre des images avec ce jouet !</p>
<div id="attachment_96943" style="width: 310px" class="wp-caption alignright"><img class="size-medium wp-image-96943" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/boudj9961-1999nb079-300x192.jpg" alt="Bruno Boudjelal" width="300" height="192" /><p class="wp-caption-text">Bruno Boudjelal</p></div>
<p><strong>Voilà donc comment est née votre méthode&#8230;</strong> Oui, et je n&#8217;ai depuis jamais utilisé d&#8217;équipements professionnels. A Alger, j&#8217;ai aussi appris qu&#8217;il ne fallait jamais s&#8217;arrêter de marcher, plutôt donner l’impression de savoir où vous alliez. Ma photographie était donc toujours en mouvement, sans aucun cadrage. Ces contraintes ont généré une forme très particulière, traduisant mon impossibilité de capturer ce pays à cette époque.</p>
<p><strong>Que montrent vos images ?</strong> Au départ, je n&#8217;avais pas clairement conscience de mon travail, pas d&#8217;objectifs précis, comme n&#8217;importe quel touriste partant en voyage. En 1998, le magazine <em>Geo</em> a publié mes clichés, témoignant d&#8217;un quotidien alors peu visible en Algérie, qui demeurait à l&#8217;époque l&#8217;un des pays les plus difficiles à approcher. Les retrouvailles avec ma famille furent l&#8217;occasion de dévoiler une réalité très différente et moins manichéenne de celle montrée par les médias occidentaux : des massacres, des manifestations&#8230; Mes photos révèlent des choses plus intimes, la jeunesse, des scènes avec ma famille… A partir de ce moment-là, j&#8217;ai décidé de partir régulièrement en Algérie et, à ma quête d&#8217;identité, s&#8217;est donc ajouté un regard photographique.</p>
<div id="attachment_96949" style="width: 310px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-medium wp-image-96949" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/03/bruno-boudjelal-2-300x200.jpg" alt="(c) Bruno Boudjelal" width="300" height="200" /><p class="wp-caption-text">(c) Bruno Boudjelal</p></div>
<p><strong>Votre travail se situe donc à mi-chemin entre le documentaire et le récit intime, n&#8217;est-ce pas ?</strong> Oui, totalement, il n&#8217;y a chez moi aucune objectivité, l&#8217;autobiographie est très présente, c&#8217;est une sorte de carnet de bord où s’impriment mes impressions et sensations. La majorité des photographes ne parlent que de leur rapport au monde, leurs obsessions. Pour moi, ce sont les petites histoires qui font la grande.</p>
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		<title>Benjamin Stora</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 00:04:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[manager]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Interview]]></category>
		<category><![CDATA[Benjamin Stora]]></category>
		<category><![CDATA[IMA]]></category>
		<category><![CDATA[Photographier l'Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[tourcoing]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment la photographie apparaît-elle en Algérie ?</strong> Au moment de la colonisation. A la fin du XIXe siècle, des voyageurs ont circulé à travers l&#8217;immensité algérienne. Ce fut la découverte d&#8217;un Orient lointain par des touristes fortunés prenant des clichés exotiques de villes, de paysages&#8230; Les militaires utilisent aussi l&#8217;image pour comprendre l&#8217;espace, les populations. Enfin, il y a les photos prises durant la guerre d&#8217;Algérie par l&#8217;armée française, les soldats ou les appelés du contingents.</p>
<p><strong>Quand les Algériens se sont-ils photographiés eux-mêmes ?</strong> Beaucoup plus tard, à partir des années 1920 -30. Il y a aussi des photos prises dans le maquis, mais ce n&#8217;est pas une période propice. Les Algériens craignent que ces documents tombent entre les mains de l&#8217;armée française. C&#8217;est surtout après l&#8217;indépendance que ces images se multiplient.</p>
<div id="attachment_96775" style="width: 214px" class="wp-caption alignright"><img class="size-medium wp-image-96775" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/1978.81.9.170p01b-204x300.jpg" alt="Famille Gaumont, 1911 © Musée Nicéphore Niépce, " width="204" height="300" /><p class="wp-caption-text">Famille Gaumont, 1911 © Musée Nicéphore Niépce,</p></div>
<p><strong>N&#8217;y a-t-il pas un déséquilibre entre images de colons et celles de colonisés ?</strong> Oui, car pour en produire, encore faut-il posséder un appareil, qui durant longtemps coûta très cher. Ce sont surtout les militaires et les colons qui imposent leur regard. Cette grande disparité sera très spectaculaire durant la guerre d&#8217;Algérie, entre les masses d&#8217;images produites par l&#8217;armée française et celles, au nombre très faibles, des Algériens.</p>
<p><strong>Les Algériens ne sont-ils pas les grands absents de la représentation de leur propre histoire ?</strong> En fait, ils sont très présents, mais sous une forme folklorisée, réduits à une dimension de carte postale. On trouve aussi beaucoup de représentations de femmes &#8220;indigènes&#8221; dans leur appartement. Ce que les peintures orientaliste du XIXe siècle montrent, on le retrouve dans la photographie.</p>
<p><strong>Pourquoi le passé colonial est-il si dur à surmonter, entre la France et l’Algérie ?</strong> Il est difficile de tourner la page d&#8217;une histoire qui a duré un siècle et demi. La France a laissé des traces importantes dans ce pays. A la différence du Maroc ou du Sénégal, l&#8217;Algérie ne fut pas simplement une colonie, c&#8217;était un département français, donc rattaché politiquement et administrativement. La séparation fut très ardue.</p>
<div id="attachment_96782" style="width: 1005px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-large wp-image-96782" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/03/benjamin-stora-1024x695.jpg" alt="(c) Mohamed Kouaci JOURS D'INDEPENDANCE 5 JUILLET 1962" width="995" height="675" /><p class="wp-caption-text">(c) Mohamed Kouaci JOURS D&#8217;INDEPENDANCE 5 JUILLET 1962</p></div>
<p><strong>Qu’en est-il de la liberté d’expression en Algérie ?</strong> Ça dépend. Des films se tournent, des expositions se montent, mais il y a des difficultés. Par exemple, la fiction réalisée par Bachir Derrais sur Larbi Ben M&#8217;Hidi, figure de la révolution, a été censurée. Les sujets liés à la guerre restent extrêmement épineux. En l&#8217;occurrence, ce personnage se bat sur le terrain politique, pas seulement les armes à la main. Pour autant, <em>En attendant les hirondelles</em> de Karim Moussaoui, instantané de l&#8217;Algérie contemporaine, a très bien marché.</p>
<p><strong><img class="alignleft size-medium wp-image-96773" src="https://www.lm-magazine.com/wp-content/uploads/2019/02/dictionnaire-biographique-de-militants-nationalistes-algeriens-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" />L&#8217;image ne tient-elle pas un grand rôle dans le maintien du pouvoir ?</strong> Bouteflika est plutôt fantomatique… Il y a peu de représentations de lui, et celles que l&#8217;on voit sont très anciennes. C&#8217;est assez inédit, surtout dans un monde où l&#8217;on est totalement envahi par les images.</p>
<p><strong>Quel est le paysage politique algérien ?</strong> Abdelaziz Bouteflika fut l&#8217;artisan du retour à la paix, après dix ans de sanglante guerre civile. Il a profité de la hausse du prix du pétrole entre 2004 et 2014 pour lancer de vastes programmes d&#8217;infrastructures et désendetter le pays. Pour l&#8217;heure, seuls deux sérieux prétendants, Abderrazak Makri, chef du Mouvement de la société pour la paix, principal parti islamiste, et le général à la retraite Ali Ghediri, ont annoncé leur candidature contre lui.</p>
<p><strong>Quelle est la situation de l&#8217;économie ?</strong> Elle reste ultra-dépendante des hydrocarbures. La corruption demeure très répandue. Le quatrième mandat de Bouteflika a été marqué par la chute des cours du pétrole, qui a durement touché le pays, où un tiers des jeunes de moins de 25 ans est au chômage. La tentation du départ est grande, et les &#8220;harragas&#8221; (<em>ndlr : les migrants tentant la traversée clandestine de la Méditerranée vers l’Europe</em>) se sont multipliés cette année.</p>
<p><strong><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96734" target="_blank">A LIRE AUSSI : PHOTOGRAPHIER L&#8217;ALGERIE</a></strong></p>
<p><a href="https://www.lm-magazine.com/?p=96762" target="_blank"><strong>A LIRE AUSSI : BRUNO BOUDJELAL</strong></a></p>
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