3S, SIDI LARBI CHERKAOUI
On n’a peut-être jamais passé autant de temps avec soi-même. On n’a sans doute plus été aussi liés à la terre, aussi enracinés dans notre environnement depuis des décennies. Avec 3S, le regard de Sidi Larbi Cherkaoui se tourne vers le moi solitaire : isolé mais inévitablement uni au monde, aux habitats qui nous nourrissent, nous menacent et nous définissent, tous autant que nous sommes. Trois danseurs – Nicola Leahey, Kazutomi « Tsuki » Kozuki et Jean Michel Sinisterra Munoz – tracent des lignes invisibles entre les pays où ils sont nés. Entre l’Australie, le Japon et la Colombie se dessine ainsi un triangle géant à travers le globe, dont les sommets sont certes lointains, mais dont les médianes nous touchent tous. Il en va de même pour les thèmes évoqués dans chaque solo : l’exploitation abusive par les multinationales des forêts ancestrales ; les traumatismes individuels et collectifs des accidents nucléaires ; les échos de la guérilla colombienne dans la guerre civile syrienne. Trois chanteuses prêtent leur voix aux danseurs, tout en sondant la profondeur de la solitude et de la douleur humaine. Tels des portails, les images de la cinéaste Sabine Groenewegen véhiculent jusqu’à la scène quelques éléments du monde extérieur – à moins que ce ne soit l’inverse ? 3S, un spectacle où les distances s’abolissent et où les étrangers deviennent nos proches.


