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Un passé qui ne passe pas

D'Emmanuel Marre

Inspiré par l’histoire de son arrière-grand-père, Emmanuel Marre plonge dans les rouages ordinaires de la France de Vichy. Récompensé du prix du scénario à Cannes, Notre Salut brouille les frontières entre passé et présent, avec un Swann Arlaud saisissant dans la peau d’un fonctionnaire en quête de reconnaissance.

Pour son premier long métrage en solo après Rien à foutre, Emmanuel Marre puise dans la correspondance de ses arrière-grands-parents pour raconter Henri Marre, ingénieur devenu fonctionnaire à Vichy. Son traité politique Notre Salut sous le bras, celui-ci voit dans le nouveau régime l’occasion de prendre enfin la place qu’il estime mériter. Mais, si Swann Arlaud porte ici le nom d’Henri Marre, dans ce qui est sans doute son plus grand rôle, Notre Salut n’est pas un biopic. Le cinéaste s’éloigne de la figure réelle de son aïeul pour composer un personnage quasi fictif, à la portée universelle.

Le cinéma comme avertissement

Ce qui frappe ici, c’est la modernité de la mise en scène. La caméra mobile et le refus du champ-contrechamp donnent au spectateur le sentiment d’être au cœur de l’action. Nous voilà face à un petit chef médiocre et opportuniste, dépourvu de tout sens moral, qui accomplit consciencieusement son travail pour prendre sa revanche sur une existence étriquée. Son entourage est à l’avenant. Et quand Popcorn ou Live Is Life, tubes des décennies suivantes, accompagnent les images de l’Occupation, l’anachronisme est pleinement assumé. Une manière pour Marre de souligner que l’antisémitisme et le racisme, ces poisons, traversent les époques. Il n’est donc pas interdit de voir dans le film une forme d’avertissement.

Grégory Marouzé / photo © Kidam & Michigan Films

D’Emmanuel Marre, avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Jean-Baptiste Marre…

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