Katja Sonnewend
Un monde sur mesure
Elle a trois ans, dort sur la banquette arrière d’une voiture qui quitte la Pologne et se réveille dans les rues de Berlin-Ouest : « Tout est tellement coloré ici, c’est magnifique ! ». Née à Poznan, Katja Sonnewend n’a pourtant jamais tout à fait quitté la grisaille brutaliste de son enfance. Elle la photographie encore, en y glissant ce qui lui manquait alors, de l’humour. Fille de deux artistes, elle choisit l’image pour trouver son propre langage. Du Polaroid, où l’on espérait un cliché réussi sur dix, au numérique, de la mode à l’édition, elle a longtemps saisi les lieux et les instants tels qu’ils se présentaient. Aujourd’hui partagée entre Berlin et Athènes, elle cultive un regard de passagère, attiré par les détails incongrus et les rencontres fortuites. Puis l’intelligence artificielle, d’abord rejetée, bientôt apprivoisée. Katja apprend à coder et fabrique ses programmes, nourris de ses seules archives. Elle ne part pas de rien, elle étire le réel. Sur Instagram, cela donne une boutique baptisée Konfetti où l’on entrerait volontiers sans rien avoir à y faire, une boule à facettes géante échouée devant ce qu’on devine être un club, un cornet de glace colossal perché sur une cabine, au bout d’un quai désert sous la pluie. Alice au pays des merveilles n’est jamais loin. « Désormais, je peux créer le monde tel que je souhaite le voir », dit-elle, avant d’ajouter, avec un clin d’œil : « La réalité est souvent surestimée ». Et si l’absurde n’était que notre quotidien, poussé d’un cran ?












