Garance
Jeanne Herry, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau
Après Elle l’adore, Pupille et Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry signe avec Garance le portrait sensible d’une jeune actrice aux prises avec l’alcool. Adèle Exarchopoulos incarne le rôle-titre ; Sara Giraudeau, celui de Pauline, la femme qui va bouleverser sa trajectoire. Rencontre à trois voix, entre travail d’écriture, pudeur et refus du pathos.
Pour Garance, êtes-vous partie de l’envie de retravailler avec Adèle Exarchopoulos ?
Jeanne Herry : C’est toujours un mélange de déclencheurs et d’envies. Nous avions pris beaucoup de plaisir sur Je verrai toujours vos visages, et j’avais aimé filmer un personnage jeune. Je me suis dit que le prochain le serait aussi. Ce n’était donc pas : « Je vais écrire un film pour Adèle ». C’est plus mouvant, plus multiple que ça. Mais le fait est qu’elle m’a accompagnée : dans ma tête, les traits de Garance empruntaient souvent les siens.
Incarner cette comédienne hypersensible, qui sombre dans l’alcoolisme, représentait-il un danger ?
Adèle Exarchopoulos : Les personnages de Jeanne sont très écrits, jusqu’à la moindre virgule. Aucun risque, donc, de composer avec les tréfonds de l’âme ou une forme de manipulation, pour obtenir un résultat. Il y a là, au contraire, un vrai travail de respiration.
J.H. : Exactement. Quand nous tournons ensemble, nous ne nous faisons pas de mal. Il n’y a pas de danger de manipulation entre nous. C’est une collaboration solide, même si Adèle va chercher des émotions en elle.

Sara Giraudeau : Et puis je ne crois pas qu’il y ait ce réflexe façon Actors Studio, qui pousse à s’identifier au personnage au point de se dire : « Et si ça m’arrivait à moi ? ».
A.E. : Ça fait du bien de s’autoriser des choses en se cachant derrière un rôle. Je ne “cérébralise” pas tout ça. Ce qui se passe sur le plateau est aussi une histoire de sensations. Il est vrai que certaines larmes viennent de la vraie vie, débordent par endroits. L’exercice de la promo est en réalité plus vertigineux : être soi-même, partager ses impressions, sans se cacher derrière un personnage… Jouer, c’est là où je me sens bien, je suis dans ma zone de confort.
S.G. : C’est pourquoi les comédiens ont parfois l’air d’animaux étranges pour qui n’est pas du métier. On va chercher des sentiments pour nourrir nos personnages. Et en même temps, on peut se cacher derrière eux. à l’inverse, se retrouver devant vous, en interview, c’est la chute libre. C’est une tout autre partie du métier qu’il faut faire, mais qui n’a rien à voir.

L’amour que Pauline et Garance se portent est au cœur du film. Nous sauve-t-il de tout ?
S.G. : Je ne crois pas. D’ailleurs, quand Garance rencontre Pauline, elle rechute encore plus fort.
J.H. : Non, l’amour ne peut pas sauver les alcooliques de l’addiction. C’est un mécanisme trop puissant pour être vaincu parce qu’on aime, ou qu’on est aimé. Hélas, ça ne marche pas comme ça et heureusement on peut se le dire. Je connais des enfants dont la mère, restée alcoolique jusqu’à la fin de sa vie, les aimait pourtant. Ce n’est pas une question d’amour mais d’alignement de circonstances. L’histoire d’amour en fait partie, mais il y a aussi le rôle de l’addictologue, celui de la sœur de Garance. Il y a aussi le fait que ce soit le bon moment.
S.G. : Leur amour n’est pas plus déterminant que le reste.
J.H. : Pour moi, Pauline est un idéal amoureux. Elle incarne la véritable façon d’aimer, celle qui donne sans intention de transformer l’autre, sans volonté de contrôle, sans réflexe de propriétaire. Prendre soin d’elle, lui donner de la douceur : c’est ça aimer ! Ce n’est pas facile. C’est une quête.



