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Forever Young

Kids looking at Camera, Ozzfest, Milton Keynes Bowl, UK, 2001.© Rebecca Lewis _ Museum of Youth Culture

Et si nos années ados avaient enfin leur musée ? À Camden, épicentre historique des sous-cultures britanniques, le Museum of Youth Culture rembobine un siècle de jeunesse : looks, musiques, nuits, tribus et objets fétiches. Un lieu qui se vit autant qu’il se visite, entre bar, baby-foot et photomaton, où la collection permanente grossit sans cesse grâce aux dons du public. Ici, les Teenage Kicks des uns réveillent ceux des autres.

Tout commence en 1997, dans le jardin d’une maison londonienne, quand Jon Swinstead se met à collectionner des photos des nuits de la capitale. Trente ans et plus de 150 000 objets plus tard, cette pile de tickets, badges, flyers, fanzines et vêtements bricolés a enfin trouvé un toit : le Museum of Youth Culture, ouvert en juin 2026 au cœur de Camden. La visite démarre dans un joyeux capharnaüm – bar, salle de jeux, photomaton argentique, boutique de vinyles Rough Trade – avant de plonger dans cent ans d’adolescence britannique. « Un musée consacré aux années ados, ça n’existait pas. Pourtant c’est l’âge où il se passe un truc chimique dans la tête : le risque devient soudain plus tentant qu’effrayant », lance Jon Swinstead, la cinquantaine facétieuse… Avec Lisa der Weduwe, responsable de la programmation, il a voulu raconter les sous-cultures par ceux qui les vivent plutôt que par leurs icônes : « ceux qui achètent les disques, vont aux concerts, portent les vêtements ». Une histoire plurielle, nourrie par les cultures caribéennes, africaines et sud-asiatiques, les scènes queer et nocturnes. « C’est le mélange qui fait la culture britannique. Sans immigration, elle serait beaucoup plus ennuyeuse », insiste Jon.

Teenage dreams are made of this

Au sous-sol, une fresque déroule un siècle de tribus, des flappers aux ravers, des punks aux emos, des mods aux fans de K-pop. Une histoire volontairement incomplète, sans cesse enrichie par les dons du public : une chemise d’uniforme couverte de messages, un sac Northern Soul peint à la main, un Walkman vintage… « Ce qui m’intéresse, c’est ce que les gens ont touché, personnalisé, fait eux-mêmes », confirme Jon. Dans le Youth Club, un collectif de 16-23 ans a imaginé l’exposition Things I Lied to My Parents About : un mur de confessions manuscrites sur les petits mensonges de l’adolescence. Plus loin, une chambre reconstituée version confinement raconte une jeunesse mise sur pause. « On ne parle pas à la place des jeunes : on leur laisse le micro. Deux jours par semaine, le musée leur est réservé, notamment aux écoles ».

Museum of Youth Culture press day. Camden London ©  Debbie Sears

Museum of Youth Culture press day. Camden London © Debbie Sears

Le grand mix

Direction la grande salle, joyeuse fête foraine où un siècle de looks et de sons se télescopent sans chronologie, entre affiches, badges et cassettes. Sous l’écran géant trône un impressionnant sound system Monitor Audio conçu par Linett Kamala, artiste sonore et figure du Notting Hill Carnival, qui a imaginé cette installation hi-fi géante en hommage à la culture des sound systems caribéens, pour une écoute immersive au cœur de la pièce. Une cabine téléphonique permet, elle, d’enregistrer ses souvenirs. « Je voulais que l’ado de 17 ans et la dame de 65 ans ressentent la même joie, sans séparer les générations : être jeune, c’est se retrouver, s’enthousiasmer, être survolté », confie Lisa der Weduwe. Par définition en mouvement, le musée sillonne aussi le Royaume-Uni, de salles des fêtes en pubs, pour collecter objets et récits, avant d’ouvrir des antennes à Birmingham puis Glasgow. De quoi prolonger le frisson, comme à l’adolescence.

Texte : Elisabeth Blanchet / Photo © Rebecca Lewis, Museum of Youth Culture • © Debbie Sears

Museum of Youth Culture
Londres, 51 St Pancras Way
mer > sam : 12h-20h • dim : 12h-18h
museumofyouthculture.com

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