Camping Flash
Le goût des autres
interview • François ProstLe photographe François Prost immortalise l’univers bigarré du camping dans son dernier livre, Camping Flash. Une ode touchante aux shorts trop courts, à la promiscuité choisie et à l’apéro. Le tout pris au flash et sans ironie, pour honorer cette « vie de dépouille » qui fait le bonheur de nombreux Français.
Après les Love hôtels au Japon ou les façades de discothèques, vous consacrez un livre de photographies aux campeurs. Pourquoi ce choix ?
Je pratique le camping depuis mon enfance. D’abord avec mes parents, puis avec des amis, aujourd’hui avec mes enfants. Cette manière de voyager, simple et en plein air, m’a toujours attiré.
Vous avez arpenté vingt campings en France. Comment les avez-vous choisis ?
J’ai commencé cette série pendant des vacances familiales, en Bretagne. J’ai continué au fil de mes voyages, qui sont toujours un prétexte à la photographie. Parfois, je profitais d’un déplacement professionnel pour explorer les campings qui se trouvaient aux alentours. C’est en me rendant aux Rencontres photographiques d’Arles que j’ai découvert La Brise de Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer. J’ai aussi pris la route pour me rendre dans des campings précis, variant les types d’établissements. Ceux de Lyon ne ressemblent pas à ceux de Saint-Tropez.

Votre démarche est-elle avant tout sociologique ou esthétique ?
La démarche sociologique m’intéressait, mais l’objectif était vraiment de voyager dans ces campings de manière assez libre. C’est ma manière de concevoir l’activité photographique : il faut dédier du temps à un endroit. En flânant, on lève la tête et on se rend disponible pour capturer des choses. Cet univers coloré m’a immédiatement rappelé ma jeunesse. C’était touchant de renouer avec cette image du camping, qui n’a pas vraiment changé avec le temps : les sanitaires communs, la vaisselle à plusieurs dans de grands lavabos, le montage des tentes.
Comment avez-vous été accueilli ?
Au camping, on entre assez vite dans l’espace privé des gens, il suffit d’un ou deux pas. Il faut montrer patte blanche, sentir s’ils sont prêts à nous accueillir ou non. Réaliser une image passe toujours par une relation, un partage. C’est ce que j’aime, et j’ai trouvé qu’ils étaient tous ouverts au dialogue. Certains m’ont invité à l’apéro en refusant d’être photographiés, puis ont accepté après une après-midi passée ensemble, alors que je n’y pensais plus. On cueille les gens en vacances, dans un moment de détente où ils sont moins en contrôle. Mon idée, c’était de les immortaliser sans jugement, de décomplexer cette « vie de dépouille » pour montrer qu’au fond, c’est cette simplicité qui rend les gens heureux.
Comment définiriez-vous cet esprit camping ?
Je dirais qu’il s’agit de vivre plus librement, en claquettes et en maillot de bain, durant quelques semaines par an. Il y a un monde entre le public très populaire et ceux qui habitent de grands campings-cars modernes ou des mobil-homes, mais tous recherchent la même chose : passer du bon temps. Quel que soit leur niveau d’équipement et cette carapace plastique, il y a le désir de parler aux voisins, de tirer une toile cirée à motif cerise pour partager l’apéro.

Entre les portraits, vous accordez aussi une place importante aux détails (linge qui sèche, chipolatas, produit vaisselle). Le camping, c’est aussi un univers graphique ?
Généralement, mes séries sont assez monomaniaques.
Les cadrages sont identiques, c’est le cas ici avec des campeurs pris sur le pas de leur porte. Mais je suis fasciné par cet univers où on trouve autant de vacanciers que de types de tapettes à mouches. Je regrettais de passer à côté de tous ces détails charmants, alors j’ai accordé plus de liberté à ma déambulation, et donc dans ma sélection d’images. Le résultat peut paraître désordonné, mais il est surtout moins rigide, et c’est ce que je souhaitais expérimenter.
Vous expliquez en préambule de votre livre que l’évolution actuelle des campings (“habitat dur”) n’a pas transformé ce milieu. Vraiment ?
Aujourd’hui, beaucoup de campings recherchent une rentabilité maximale en installant des bungalows sur leurs emplacements. Ceux qui les louent ont peut-être moins accès à l’extérieur et à la vie communautaire, dans ces petits appartements avec sanitaires individuels. Pour mon livre, j’ai privilégié les campings qui laissent encore une place aux caravanes, tentes et camping-cars. Je trouvais cela plus riche. Et j’y ai retrouvé l’ambiance que je connais, ce plaisir de la détente et d’une vie en tongs.
A lire / Camping Flash, de François Prost (Flashlight Publishing), 176 p., 40€
A voir / Exposition à la Librairie du jour, Place Jean-Michel Basquiat – Paris, du 02 au 26.07
A visiter / francoisprost.com ; @francoisprost

















