Hair, Paper, Water
La Mémoire des mots
De Nicolas Graux et Truong Minh QuýTourné dans une région montagneuse du Vietnam, Hair, Paper, Water… s’attache avec beaucoup de douceur à quelques figures de la communauté Ruc. Isolée dans des grottes jusqu’en 1959, celle-ci voit aujourd’hui sa langue ancestrale de plus en plus menacée de disparition.
Eau, feu, nuit, rêve, chauve-souris, pluie… les mots s’inscrivent à l’écran dans la langue que la vénérable Madame Cao Thi Hâu entend transmettre à ses petits-enfants. Des mots simples, essentiels, qui concentrent dans leur sonorité tout un imaginaire, un rapport au monde. Pour leur deuxième collaboration, Nicolas Graux et Truong Minh Quý renouent avec une forme primitive du cinéma. Tenue à la main, la caméra Bolex 16 mm limite les plans à une vingtaine de secondes, imposant patience et disponibilité. La pellicule saisit quant à elle l’éclat profond de la forêt, de l’eau, de la brume. Hair, Paper, Water prend des allures de légende : une naissance dans une grotte, un serpent pétrifié dans la roche, des tigres mangeurs d’enfants, une crue qui avale les routes et ramène au pays de l’enfance. Comme un livre d’images, le film se feuillette librement, page après page, mot après mot. L’eau, dont les fluctuations rythment la vie de la vieille dame et de ses proches, inspire aussi au montage une grande fluidité. Les tremblements et palpitations de l’image participent d’un sentiment puissant de présence, mais aussi de fragilité. La transmission semble bien incertaine, alors que le petit-fils répète sa leçon d’anglais avec ses camarades de classe et rêve de quitter le village de ses ancêtres.
De Nicolas Graux et Truong Minh Quý.
Sortie le 09.09



