Festival 2 Cinéma de Valenciennes 2026
Le sens du partage
Avant-premières, procès de Bobigny, résistance belge… À la tête du Festival 2 Cinéma de Valenciennes, qui fête sa 16e édition, Jean-Marc Delcambre dévoile une programmation resserrée et rend hommage au compositeur Patrick Doyle. Rencontre complice avec un directeur passionné, coups de cœur à l’appui.
Comment présenteriez-vous votre festival en quelques mots ?
Notre festival a vraiment trouvé sa place dans le paysage culturel en France. Il est aujourd’hui considéré comme un événement structurant du territoire. Les professionnels nous font confiance et nous confient beaucoup de films dont des premières françaises. Notre spécificité tient notamment à la compétition documentaire mais aussi à notre travail autour des métiers du cinéma. Chaque année, nous mettons à l’honneur des techniciens qui viennent partager leur expérience et, je l’espère, susciter des vocations.
La transmission et le partage sont donc au cœur du projet ?
Oui. Notre rendez-vous est très ouvert : les spectateurs peuvent rencontrer les artistes, échanger librement avec eux. Il y a une vraie cohabitation entre public et professionnels. Nous attendons cette année environ 6 000 scolaires. L’objectif est de leur faire découvrir les métiers du cinéma, mais aussi des films qu’ils n’ont pas forcément l’habitude de voir. Nous défendons une programmation resserrée, parce qu’un festival doit afficher de vrais choix.
Justement, comment composez-vous la sélection ?
C’est un marathon. Nous voyons énormément de films pour en retenir entre 20 et 25. Cela signifie que nous en avons visionné dix fois plus. On ne sélectionne que nos vrais coups de cœur, des histoires qu’on tient à partager. Il faut se mettre à la place du public et se demander, en sortant de la salle : « Est-ce que j’ai absolument envie de conseiller ce film ? ». C’est une responsabilité vis-à-vis des spectateurs qui vont payer leur place et nous faire confiance.
Pouvez-vous citer quelques-unes de ces pépites au programme ?
En ouverture, on présente Une femme aujourd’hui de Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, tous deux invités. Le propos est très actuel, interrogeant les abus sexuels et la place des femmes dans la société. L’Affaire Marie-Claire, avec Charlotte Gainsbourg et Cécile de France, revient quant à lui sur le célèbre procès de Bobigny et le combat de Gisèle Halimi. Et puis une première projection française du film belge Le Faux Soir, avec Bouli Lanners, Karim Leklou et Mélanie Thierry (ndlr : l’histoire vraie du célèbre faux journal belge publié en 1943 par la Résistance, pour ridiculiser l’occupant allemand). Nous avons aussi une belle section animation et des cartes blanches.
Vous mettez effectivement à l’honneur le compositeur Patrick Doyle ?
Après avoir récompensé Michel Legrand et Gabriel Yared nous tenions à honorer un autre compositeur. Patrick Doyle a une carrière passionnante et multiple : il a travaillé avec Kenneth Branagh et Régis Wargnier, mais aussi pour Disney, Brian De Palma ou Robert Altman.
Quel est aujourd’hui votre principal défi ?
Réussir à attirer un public nombreux dans un territoire qui possède énormément de salles de cinéma est déjà une victoire. Mais nous voulons surtout réunir davantage de jeunes. Aujourd’hui, chacun reste devant son écran, guidé par ses algorithmes. Notre festival doit permettre de sortir de ces zones de confort, de montrer qu’il existe “un autre cinéma” capable de nous émerveiller. Aller voir un film ensemble, c’est aussi partager une émotion.



