Yolo
Aymeric Lompret / Allan Barte
(Dargaud)Franchement, sur le papier, une bande dessinée adaptant un seul-en-scène, on y croyait moyen. Certes, Fabrice Erre s’était essayé à l’exercice avec Le Mâle Dominant, sorte de conférence stand-up dessinée, et s’en sortait brillamment. Mais il s’agissait d’une œuvre pensée pour le format BD. Ici, ce sont le texte et les vannes jouées sur scène par un corps en mouvement qui atterrissent, figées, imprimées sur la page. Pour ne rien arranger, le one-man show en question est signé Aymeric Lompret, expert ès-élucubrations qui partent dans tous les sens mais en ont pourtant – du sens. On se demandait comment l’imagination débordante du Lillois pourrait tenir en quelques bulles et dans un gaufrier, même éclaté.
Or, miracle : l’énergie de l’énergumène est bien là. Mieux encore, on l’entend presque. Dans ces pérégrinations absurdes (un SDF qui cherche son chien) résonnent immédiatement cette fameuse diction, disons, approximative, cette prosodie turbo-éthylique, ces répétitions d’expressions quasi-enfantines. Le trait rond et, lui aussi, faussement enfantin d’Allan Barte épouse les embardées du récit. L’humoriste passe en revue à peu près tout ce qui l’énerve, de l’extrême droite aux coureurs d’ultra-trail, de la police qui lacère des tentes aux serres ultra-chauffées qui produisent des tomates toute l’année, en passant par l’Abbé Pierre, les briquets-tempêtes ou le développement personnel… Comment ça, vous ne voyez pas le rapport ? Et pourtant, dans le fil tortueux de cette pensée en mouvement, ça tombe sous le sens. Bref, une BD adaptant un spectacle ? Mission périlleuse – mais ici joliment accomplie !
Aymeric Lompret, Pierre-Emmanuel Barré, Nadine Descousis & Allan Barte
Yolo
(Dargaud)
17,50€, 80 p.



