De beaux assassinats
On refait le crime
Archives de la Police JudiciaireAu Musée de la Photographie de Charleroi, cette exposition trouble les évidences. Entre archives judiciaires et étranges mises en scène, ces images rejouent le crime sans jamais le montrer, laissant au regard le soin de recomposer l’histoire.
On entre presque à pas feutrés. Sur les murs, aucune image ensanglantée mais une tension palpable, figée en noir et blanc. Les clichés, issus des archives de la police judiciaire de Liège (1923-1960), ont ceci de singulier : ils ne montrent pas le crime, ils le rejouent. Un homme, manteau sombre, brandit un pied à coulisse au-dessus d’une femme assise. Le geste, figé, paraît presque maladroit. Ailleurs, une jeune mère serre une poupée : reconstitution glaçante d’un infanticide. Chaque document oscille ainsi entre absurde et tragique. Comme le souligne Xavier Canonne, co-commissaire, « il y a, dans ces photographies, une forme de théâtralité ». Ici, la justice fabrique des images pour comprendre. Ces scènes, rejouées en présence de suspects, témoins et enquêteurs, servent à confronter les récits, combler les zones d’ombre. La force de l’exposition tient dans ce décalage.
La banalité du mal
La scénographie prolonge l’immersion : au centre, un bureau d’enquêteur reconstitué donne accès à dossiers et fac-similés. Au fil du parcours, une lecture sociale affleure. Intérieurs modestes, rues anonymes, objets du quotidien… Autant de fragments d’une Belgique d’hier, saisie dans ses décors ordinaires soudain traversés par l’irréparable. Ni voyeuriste ni spectaculaire, l’exposition préfère l’étrangeté au choc frontal. Une plongée où le réel se rejoue comme une fiction et où l’image, loin de résoudre, continue de poser des questions.









