Par-delà les Mille et une nuits
La Fabrique du mythe
Histoires des orientalismesComment raconter la fascination des Européens pour l’Orient, du Moyen Âge à nos jours ? En convoquant l’imaginaire des Mille et une nuits, bien sûr. Avec près de 300 œuvres, la nouvelle exposition du Louvre-Lens explore ces rêves d’ailleurs, entre trésors anciens et regards contemporains. Une plongée érudite qui démonte les clichés sans jamais éteindre la puissance du mythe.
Qui se souvient qu’Antoine Galland était picard ? Peu de monde. Pourtant, c’est lui qui a offert ses lettres de noblesse à l’orientalisme en traduisant, au xviiie siècle, un ensemble de contes de traditions indiennes et persanes dans un recueil qu’il nommera Les Mille et une nuits. Schéhérazade, Aladin ou Sindbad deviennent alors des figures familières, nourrissant durablement l’imaginaire occidental. Mais c’est justement pour dépasser cette fascination, souvent emplie de fantasmes, que le Louvre-Lens s’empare du sujet. Parce qu’il n’y a pas un orientalisme, mais plusieurs, façonnés au fil des siècles par les regards européens. Parmi les œuvres exposées, certaines émerveillent par leur raffinement, comme le Lion de Monzón en bronze, conservé au Louvre, d’autres surprennent par leur extravagance, tel ce harnais de cheval recueilli sur le champ de bataille des Pyramides. Beaucoup d’objets ont longtemps été « mal compris », voire réinventés. Comme le rappelle Annabelle Ténèze, directrice du musée, « quand l’histoire se transmet, elle se transforme ».
Toute une histoire
L’exposition s’amuse à gratter le vernis des légendes. Un exemple ? Le célèbre baptistère de Saint Louis, une merveille d’art islamique médiéval, n’a vraisemblablement jamais servi au baptême du roi de France. Arrivé en Europe dans des circonstances obscures, il fut pourtant associé à la monarchie, au point d’être utilisé plus tard pour le baptême de Louis XIII. Preuve que les objets voyagent autant que les histoires qu’on raconte à leur sujet.

Dialogue contemporain
Né au Moyen Âge dans les trésors d’église, l’orientalisme est devenu ensuite un mouvement artistique majeur. Le parcours du Louvre-Lens en offre une exploration chronologique et plurielle, du mystérieux verre soufflé de Charlemagne jusqu’au costume bouffant de Mamamouchi imaginé pour Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Il reconstitue aussi l’intérieur égyptien d’un grand collectionneur parisien du XIXe siècle, Alphonse Delort de Gléon. Un dialogue passionnant s’instaure enfin entre des œuvres anciennes et celles d’une quinzaine d’artistes contemporains (Katia Kameli, Nicene Kossentini, Nil Yalter, Kader Attia…). De quoi « désorienter » l’orientalisme avec humour, distance critique et une touche féministe.
Site internet : http://www.louvrelens.fr/
Galerie du temps et Pavillon de verre :
Entrée libre et gratuite
Galerie d’expositions temporaires :
Tarif plein : 10€ / 18 – 25 ans : 5€ / – 18 ans : gratuit
Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès et fermeture des caisses à 17h15).
Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.










