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L'autre collection de Matisse

Hélène Adant (dite), Elena Mossolova (1903-1985) La Comédie du modèle, Vence, 1946

Au musée Henri Matisse, l’exposition PhotoSensible révèle un trésor longtemps resté dans l’ombre : près de 250 tirages, dont la plupart n’avaient jamais été montrés. Entre portraits d’artistes, expérimentations modernes et photojournalisme naissant, le parcours raconte comment la photographie s’est imposée comme un art à part entière, au cœur des avant-gardes du xxe siècle.

On entre dans l’exposition comme on ouvre une boîte d’archives longtemps restée fermée. Sur les murs du musée Henri Matisse, les tirages argentiques déroulent une histoire parallèle à celle de la peinture : celle d’un médium qui, de simple document, devient langage artistique. L’accrochage s’appuie sur le fonds photographique conservé au musée, constitué depuis la donation d’Henri Matisse en 1952 et enrichi surtout par l’apport décisif d’Alice Tériade en 2000. À elle seule, la collection liée à l’éditeur représente l’essentiel de l’ensemble. « Notre fonds comporte environ 800 photographies, dont près de 700 viennent de Tériade. Cette donation sommeillait dans les réserves depuis plus de 20 ans », rappelle la directrice Sophie Le Flamanc.

En toute amitié

L’exposition s’ouvre avec la vingtaine de clichés choisis par Matisse pour accompagner sa donation. Photos de famille, vues d’atelier, souvenirs de voyages… Des images modestes mais précieuses, parfois signées de photographes inattendus comme Friedrich Wilhelm Murnau ou Dmitri Kessel. « On peut vraiment les associer au récit qu’il fait de sa vie et de son travail », souligne le commissaire Éric Langer. Très vite, le parcours bascule dans l’univers de Tériade. Critique, éditeur, passeur d’art, il réunit autour de lui les plus grands noms du xxe siècle et offre à la photographie une place inédite, notamment dans la revue Verve. Les salles consacrées à la vie d’artiste donnent à voir ce cercle d’amitiés : Matisse dans son atelier, Giacometti rue Hippolyte-Maindron, Chagall ou Laurens saisis par Cartier-Bresson ou Brassaï. À la villa Natacha, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, les images captent l’effervescence d’un lieu où se croisent peintres, écrivains et photographes.

Eli Lotar (dit) Eliazar Lotar Teodorescu (1905-1969) Madrid, février 1936 Archives Tériade

Les temps modernes

La section suivante montre comment, dans l’entre-deux-guerres, la photographie s’émancipe. Portrait, nu, nature morte, paysage, les genres hérités de la peinture deviennent terrain d’expérimentation. Les tirages de Brassaï, Lotar ou Herbert List affirment une écriture visuelle autonome, souvent liée au livre ou à la revue. Ici, la photographie ne sert plus seulement à reproduire, elle invente sa propre forme. La dernière salle témoigne du photojournalisme naissant.
Appareils plus légers, magazines illustrés, les années 1930 imposent une nouvelle manière de raconter le monde. Au fil du temps, PhotoSensible révèle surtout le rôle discret mais décisif d’un éditeur qui a su faire dialoguer artistes et photographes. Et rappelle qu’au musée Matisse, derrière les chefs-d’œuvre attendus, se cache aussi une mémoire visuelle d’une richesse insoupçonnée.

Nicolas Pattou / Photo : Hélène Adant (dite), Elena Mossolova (1903-1985) La Comédie du modèle, Vence, 1946
Informations
Le Cateau Cambresis, Musée Henri Matisse
>14.06.2026lun, mer > ven : 10h-12h30 & 14-18h • sam & dim : 10h-18h , 8/6€ (gratuit -18 ans)
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