Etienne Poulle
Archéologie du présent
étienne Poulle : Jouer d'usagesÀ Béthune, Étienne Poulle transforme Labanque en terrain de fouilles futuristes. L’artiste angevin érige tentes, parpaings, Lego ou blisters en vestiges d’un monde encore vivant. Entre sculpture et architecture, Jouer d’usages révèle comment nos objets ordinaires deviennent les mythes silencieux de demain.
Tailleur de pierre devenu sculpteur, passé par les chantiers du patrimoine avant d’enseigner à l’École supérieure d’Art et de Design d’Angers, Étienne Poulle a gardé de ses débuts le goût des matériaux francs, des gestes précis et des histoires taillées dans la durée. Pour Jouer d’usages, il investit Labanque comme on explore une strate urbaine : en déplaçant les signes, en bousculant les certitudes. Dès l’entrée, deux tentes familières paraissent
attendre leur campeur. Sauf qu’ici, la toile a cédé la place au bois, au zinc, au plâtre. L’artiste fige ainsi l’éphémère pour mieux interroger nos abris. Plus loin, des trognes de saule s’accordent avec des briques Lego dans un curieux bricolage du vivant, tandis que des haches néolithiques gonflées, l’une brillante comme une carrosserie neuve, oscillent entre outil primitif et fétiche contemporain.
Mythologies du quotidien
En sous-sol, les temporalités se superposent. MédiévO 2 assemble parpaings et moulures romanes comme si une muraille brute révélait soudain une dentelle d’architecture. Ruines Lego, elle, propose le contraire : un monde de jeux devenu fracas, mémoire d’un futur effondré. Dans la salle des coffres enfin, des blisters en porcelaine s’exposent comme des bijoux industriels. Ces emballages autrefois jetables deviennent reliques à venir. Jouer d’usages se parcourt ainsi comme un chantier prémonitoire : lorsque les gestes se sont tus et que les objets, soudain, racontent beaucoup plus que leur fonction première.
+ Marie Ducaté & Didier Tisseyre :
Du Jour au lendemain











