Honey Don’t!
Variation en noir mineur
D’Ethan CohenBakersfield, Californie. Honey O’Donahue, détective privée, enquête sur une série de morts étranges. Une secte évangéliste, une nièce ingérable, des collègues hostiles… Pour son deuxième long-métrage en solo, Ethan Cohen joue avec les codes du film noir façon Chandler, fantasme toujours sur son actrice principale et se fiche royalement de l’intrigue.
L’an passé, Drive-Away Dolls, épopée pop de deux lesbiennes en cavale avec une valise remplie de godemichets, avait été sabré par la critique et ignoré du public. Or, on serait tenté de le réévaluer à l’aune de Honey Don’t. Ça pioche chez le Lynch de Blue Velvet (situations étranges, dialogues absurdes), chez Tarantino (scènes d’action drôles et outrancières) et, tant qu’à faire, chez les frères Coen (pas mal de personnages brindezingues). Et une fois encore, on retrouve Margaret Qualley en sirène saphique – et quelques godes aussi. Décidément, une obsession pour un Cohen aux faux-airs de pervers pépère. Impossible de ne pas mentionner le male gaze qui nimbe un ensemble faussement féministe. Passé le renversement des rôles (Qualley en privé façon Bogart, solitaire et buveuse de whisky), ce personnage n’est jamais mis en danger, mais toujours sublime et sublimé. Répartie, élégance, charisme, classe : elle a tout pour elle et dénote dans cette galerie. Ajoutons que l’intrigue confuse (doux euphémisme) ne tient vraiment pas en haleine. On sort de là interloqué, avec la désagréable impression d’avoir affaire à un réalisateur qui se perd – et nous avec.
D’Ethan Cohen, avec Margaret Qualley, Aubrey Plaza, Chris Evans… Sortie le 12.11



