Les 150 ans de Maurice Ravel
Pas si classique
Trop souvent réduit au seul Boléro, standard faussement simple, Maurice Ravel (1875-1937) a déployé, le long d’une quarantaine d’années, une œuvre modeste par la quantité, mais gigantesque dans la palette de couleurs et d’influences. L’Orchestre national de Lille, sous la direction de Joshua Weilerstein, célèbre les 150 ans d’un maître souvent sous-estimé.
Le parti pris est bien choisi : trois œuvres emblématiques de l’évolution d’un compositeur, du classicisme à la modernité. Citons d’abord sa Pavane pour une infante défunte. On la connaît dans sa version orchestrée de 1910, si souvent entendue au cinéma. La voici en version originale, datée de 1899, pour piano seul. À l’autre bout du spectre, le Concerto pour piano et orchestre en sol majeur déploie toute l’expérience et le génie du Basque, ouvert au jazz de son cadet George Gershwin et, toujours, aux influences hispaniques. Quant au Boléro, joyeusement inévitable, ce sont 18 minutes suspendues, une ritournelle atomique, un coup de maître, un « chef-d’œuvre sans musique » – selon ses propres mots. L’intérêt de ces concerts réside également dans la contextualisation du rival de Debussy. D’un côté, la réorchestration par Ravel d’Antar (1868), du Russe Rimski-Korsakov, influence revendiquée. De l’autre, une Petite suite pour orchestre signée Germaine Tailleferre, membre avec Francis Poulenc du Groupe des Six, et ravélienne assumée. En somme, de quoi mieux saisir l’impact d’un musicien aussi célèbre que méconnu.



