Johnny Jewel
Les joyaux du prince
Deux ans après la triste défection de Chromatics, fer de lance du rétrofuturisme durant les 20 dernières années, sa tête pensante, Johnny Jewel, ne peut compter que sur lui-même. Et s’en tire plutôt bien, alignant merveille sur merveille dans une discographie solitaire confidentielle, et pourtant ô combien fédératrice.
Ou comment un Texan aux faux airs de Jean-Luc Lahaye a réactivé l’idée d’une pop synthétique et sophistiquée, soufflant le chaud et le froid au sein d’un même morceau. Johnny Jewel fut abreuvé à la marmite synthpop (New Order, Depeche Mode…), a tâté de l’indie rock comme tous les Américains de son âge, avant de mêler claviers et guitares électriques dans de multiples projets. En 2006, à 32 ans, Jeannot Bijou fonde ce qui deviendra l’un des labels les plus précieux du genre et de l’époque : Italians Do It Better. Tout y est minutieusement pesé, du son à l’image – à la manière de 4AD ou Factory, au hasard.
Bande originale
Les figures de proue de cette structure se nomment Chromatics, Desire ou Glass Candy. Un point commun ? La présence du Johnny, à la fois stakhanoviste et perfectionniste. Ainsi, annoncé depuis des lustres, Dear Tommy, dixième album des Chromatics, deviendra une arlésienne avec la séparation du groupe, en 2021. Depuis, Jewel n’a pas chômé, signant BO obsédantes (dont celle de Lost River de Ryan Gosling) et disques instrumentaux étranges, mariant, pour le dire vite, les influences de John Carpenter et Bruno Nicolai. Cette échappée en solitaire, si elle n’a pas le cachet glamour des groupes précités (la faute à l’absence de chanteuse, entre autres) envoûte et émeut. Cet esthète raffiné sublime les 80’s en décomposant le passé pour mieux le conjuguer au futur antérieur – vous essaierez, ce n’est pas évident !



