Home Best of Interview Miel de Montagne

À fleur de pop

(c) Juliette Valero

« Pourquoi pas vivre tout nu ? », se demandait Miel de Montagne en 2018, dans un petit chef-d’oeuvre de pop sucrée, faussement nonchalante et diablement efficace. Depuis, Milan Kanche (pour l’état civil) a largement confirmé son talent de songwriter avec des ballades saupoudrées de house, toujours enrobées de second degré mais plus mélancoliques et profondes, comme en témoigne Tout autour de nous, son dernier album. De ses premiers pas de clubber jusqu’aux cascades sur matelas gonflable, il nous livre quelques confidences, avant une tournée qui passe par Lille et la Chapelle d’Armentières.

Comment votre passion pour la musique est-elle née ? J’ai très vite eu accès à des instruments à la maison, avec mon père (ndlr : l’auteur, compositeur et interprète Marcel Kanche). Pour l’anecdote, j’ai commencé à prendre des cours de batterie à l’âge de six ans, après avoir été impressionné par l’un de ses concerts. Ce délire de frapper sur plein de trucs me plaisait bien (rires). Grâce à ça, j’ai pu rencontrer du monde, jouer avec d’autres. Puis est venue la guitare, en parallèle.

Avant Miel de Montagne vous étiez DJ, n’est-ce pas ? Oui, la découverte de la MAO (ndlr: musique assistée par ordinateur) m’a orienté vers l’electro. S’en est suivi un départ pour Paris où j’ai effectivement été DJ durant quatre ans. Je tournais dans quelques clubs et, sur la fin, ça marchait même plutôt bien.

Comment vous êtes-vous dirigé vers la pop ensuite ? Je ne vais pas mentir, j’étais ruiné et je suis retourné chez mes parents, à la campagne, pour me refaire. Jouer à 4h du mat’ dans des clubs ne collait plus du tout à mes envies. Ce retour au vert, quelques rencontres, notamment Jacques et une furieuse envie de changement m’ont aidé à lancer Miel de Montagne.

Pourquoi ce nom d’ailleurs ? L’histoire est assez marrante. J’étais malade à Paris et mon oncle, qui produisait beaucoup de miel à l’époque, m’en avait envoyé. Quand il a fallu baptiser le projet, j’ai proposé ça et le label a adoré. Maintenant les gens m’appellent “Miel”, je trouve ça cool (rires). J’ai ensuite créé mon logo, j’en voulais un comme tous les groupes de légende, alors j’ai dessiné Mielo.

Ce nom renforce aussi le second degré, n’est-ce pas ? En effet, il y a un petit côté provoc, comme si tout ça n’était pas sérieux. Mais grâce à ce nom j’ai plein d’idées, pour mes visuels notamment. Ça me permet d’éviter de publier des photos de ma tronche pour la promo !

Comment définiriez vous votre style ? C’est de la pop electro en français, et avant tout un appel au soleil et à l’été. J’adore danser, donc cette énergie déteint sur mes compositions, avec une pointe de mélancolie.

Votre deuxième album, Tout autour de nous, semble en effet plus intimiste… Oui, parce que je me pose davantage de questions. Je voulais produire un album plus assumé en termes de chant, composer des morceaux plus lents. Nous étions en plein Covid à ce moment-là, j’avais donc le temps de contempler la nature. Mais aujourd’hui, j’ai envie de sortir des titres qui tapent.

Vous avez d’ailleurs signé un potentiel tube de l’été avec Le Summerlove Ce titre est une ode aux amours de l’été, typiques de l’adolescence. J’avais ce jeu de mots entre “seum” et “summerlove” à l’esprit depuis un bail et je l’ai couché sur le papier l’année dernière, après un énième “summerlove”. J’ai tournée le clip tout seul à la Réunion. Je me suis bien marré, ça sentait bon la gaminerie !

Quelle serait la couleur de cet album ? Je dirais vert (rires) ! Je me fringue souvent ainsi, je vis à campagne, la nature m’inspire beaucoup. J’aime aussi le vert luisant, fluo, comme de la kryptonite brillant dans la nuit noire. C’est une couleur un peu psychédélique qui me rappelle Rick et Morty. J’ai essayé d’ajouter cette touche là, assez tranquille et à ma sauce, dans mon album. Même quand j’ai réalisé Mielo en pâte à modeler pour la pochette, je lui ai conçu son fauteuil en vert, ça veut tout dire !

Pouvez-vous aussi nous parler de votre collaboration avec Philippe Katerine sur le morceau C’est dur ? Vous y faites part du regard des autres… Oui, j’en avais marre de faire semblant en société. J’ai voulu creuser ce thème dans une chanson, et qui de mieux pour m’accompagner que le maître du “être soi-même”, Philippe Katerine ? Cette chanson a d’ailleurs eu une vertu thérapeutique. C’est très agréable de pouvoir assumer sa personnalité dans n’importe quelle situation, tout en restant poli bien évidemment (rires).

Vous entretenez également une passion pour le skate, n’est-ce pas ? Avec ces différentes tournées, cela fait un moment que je ne m’y suis pas mis, mais c’est vraiment ma passion en dehors de la musique. Je me suis toujours habillé comme un skateur, je regarde des vidéos tous les soirs avant de dormir. Dès que j’ai un peu de temps, je vais pratiquer place de la République. Le skate, comme le dessin d’ailleurs, me permet de couper avec la musique, très énergivore.

Quid du dessin ? En réalité, quand j’étais petit je voulais être dessinateur de BD, j’adorais gribouiller des personnages. Dans le projet Miel de Montagne, je peux parfois intégrer cette passion grâce à Mielo qui est d’ailleurs devenu mon dessin phare, je n’ébauche plus que lui !

La musique, c’est aussi une histoire de famille chez vous ? En effet, mes parents et ma sœur sont mes premiers conseillers et confidents. Forcément mon père, au vu de son métier, m’aide beaucoup à écrire. Pendant le confinement on avait du temps pour gratter des textes, c’était vraiment chouette de travailler ensemble.

À quoi ressemble un concert de Miel de Montagne? C’est une grosse fête ! À chaque fois que je monte sur scène j’ai envie de plonger dans le public. En tout cas, je fais de la musique en pensant surtout au live.

Il paraît aussi que vous jetez pas mal de choses dans le public. Qu’allez-vous balancer cette fois ? Je ne sais pas… mon slip peut-être (rires). C’est toujours un peu aléatoire, je laisse une place à l’improvisation. La dernière fois par exemple, j’ai testé le solo de guitare sur un matelas gonflable, porté par la foule. Les photos étaient superbes, mais le riff de gratte beaucoup moins ! Il faut que je pousse plus loin l’idée pour qu’elle fonctionne mieux, même si les trucs les simples sont les plus efficaces !

Propos recueillis par Simon Prouvost / Photo : © Juliette Valero

La Nuit du Bal : Lille, 22.09, Le Zénith, 20h 36/34€ , bierealille.com 

Festival La Pavane : La Chapelle d’Armentières, 17.09, Cité Ramery, 12h 1 jour : 20/18€ • 2 jours : 35/30€ (grat. -12 ans), lapavane-festival.fr

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