Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie
Retrouver la mémoire
Située à Malines, entre Bruxelles et Anvers, la Kazerne Dossin n’est pas un lieu anodin. Dans les années 1940 partaient d’ici les convois des Juifs raflés, en direction d’Auschwitz. Depuis, ce site est devenu un musée. Sa nouvelle exposition retrace une histoire méconnue : celle de la persécution des homosexuels et lesbiennes par le régime nazi.
On les appelait les “triangles roses”, en référence au morceau de tissu cousu sur leur pyjama rayé. Longtemps, les homosexuels persécutés durant le Troisième Reich furent privés de mémoire. Le régime nazi en a pourtant fichés près de 100 000, et déportés entre 5 000 et 15 000 dans des camps de concentration. La plupart ont péri, et rares furent les survivants à témoigner. En Allemagne, leur statut de victime fut même nié, en raison de l’homophobie persistante et surtout d’une loi : le paragraphe 175 du code pénal, criminalisant l’homosexualité jusqu’en 1994. C’est seulement à partir des années 1970, à la faveur des mouvements de libération gays et lesbiens, que le sujet fut enfin abordé.
Traces de vie
Conçue par le Mémorial de la Shoah de Paris, et augmentée d’une section belge, cette exposition entend « honorer la mémoire de ces hommes et femmes à travers plusieurs parcours de vie », principalement en Allemagne. On y découvre les prémices d’une émancipation durant les Années folles, comme ces fêtes queers organisées par le médecin allemand Magnus Hirschfeld, pionnier de la cause LGBT, mais aussi des histoires d’amour détruites par la haine et de nombreux portraits de héros ou de martyrs. Parmi ces documents inédits, il y a cette photographie d’identité judiciaire de Fritz Kitzing, citoyen anonyme interpellé en 1938, disparu dans des circonstances inconnues, mais aujourd’hui sauvé de l’oubli…




