Gipi
Hors des cases
Révélé dans nos contrées avec Notes pour une histoire de guerre (2005), Gipi est l’une des figures majeures de la bande dessinée transalpine. Introspectives et aventureuses, ses planches refusent de s’enfermer dans une case. L’exposition que lui consacre le CBBD témoigne d’ailleurs d’un éternel insatisfait, en recherche perpétuelle du fond, comme de la forme.
Les yeux tournés vers les États-Unis, le Japon ou notre bonne vieille tradition franco-belge, on a tendance à oublier que l’Italie demeure également un territoire prolifique pour le neuvième art – et pas uniquement pour les Fumetti*. À 53 ans, Gipi (Gian Alfonso Pacinotti pour l’état civil, son pseudonyme étant ses initiales en phonétique) conjugue succès public et critique. Il ne compte plus les récompenses. Et ce, avec une oeuvre pas facile de prime abord.
Intimisme
On évoque en effet un homme qui, marqué par les comics et les Fumetti de son enfance, s’en est détaché pour raconter le réel. En le sublimant, évidemment. En explosant les codes au sein d’un même album (noir et blanc ou couleur, aquarelle ou trait fin) en jouant avec les phylactères, en appuyant la dichotomie entre les récitatifs et le dessin. Ces jeux avec la narration (et le lecteur) sont finement mis en perspective dans ce parcours : à côté des dizaines de dessins exposés (de nature et de formats variés : planches originales, croquis…), des cartels, signés du commissaire JC De la Royère, affichent le pitch de chaque album, accompagné d’un mot, d’une impression de l’auteur. Toujours lucide, parfois sévère avec lui-même, Gipi éclaire (un peu) sa démarche, résumée par le joli titre de l’accrochage : la force de l’émotion.
* Désignation italienne des bandes dessinées. Signifie « petites fumées », en référence à l’aspect des bulles servant à faire parler les personnages.











