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L’art délicat de la sédition

Simon Denny © Calla Henkel & Max Pitegoff

L’artiste Simon Denny questionne crûment l’impact des nouvelles technologies sur notre manière de communiquer, de travailler, de (nous) surveiller… Instillant un doute : mais pour qui roulent-elles vraiment ?

Les « enquêtes artistiques » de Simon Denny ont quelque chose de fascinant. Ce Néo-Zélandais défend une démarche hybride où la recherche plastique se mêle à la sociologie. Il nous invite à porter un regard neuf sur les technologies. Tous ces objets que nous utilisons au quotidien sans forcément chercher à comprendre la manière dont ils nous conditionnent. Logiciels, jeux, réseaux sociaux, design des espaces de travail… cet empêcheur de surfer en rond nourrit ses installations avec ces outils familiers et interroge leur idéologie sous-jacente… Pour donner corps à ses curieuses investigations, il réussit la prouesse de matérialiser l’immatériel. « Ce qui le distingue de la génération d’artistes post-Internet, c’est son sens hors du commun du sculptural », analyse Zoë Gray, commissaire d’exposition au Wiels de Bruxelles, qui a accueilli jusqu’à la fin de cet été son Business Insider.

Cœur de hacker

Sa série Products for Organising prend ainsi l’apparence d’un Data Center où vrombissent des dizaines de vitrines semblables à des serveurs. à l’intérieur, des assemblages de schémas, de notices, d’emballages factices et d’objets symboliques (peluches mascottes des logiciels libres, bombe pouvant être déclenchée à distance sur un simple coup de fil) retracent l’histoire des hackers. Il y dissèque leurs convictions et leurs goûts issus de la contre-culture, observant d’un regard critique le parcours de transfuges – jadis libertaires – qui vendent désormais leurs compétences et pratiques collaboratives à des gouvernements ou multinationales. Simon Denny met en scène ses propres recherches, partage ses découvertes en temps réel, proposant un parcours analogue à celui d’une navigation sur la toile. Dans Secret Power, il inspecte le graphisme régressif, qui confère une allure sympathique à la documentation interne et aux logiciels du terrible dispositif de surveillance de la NSA. Surtout, il dénonce la culture (et le culte) du secret, qui règne dans nombre d’entreprises privées et de structures publiques…

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Flora Beillouin
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