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Molenbeek 2.0

MIMA

Désormais tristement célèbre, Molenbeek accueille le premier musée européen consacré à la culture 2.0. Installé dans les anciennes brasseries Belle-Vue, le Millennium Iconoclast Museum of Art ouvre ses portes avec une exposition de street-art. Il porte un autre regard sur la création contemporaine, et sur une commune plus riche qu’on ne le pense.

Molenbeek a beau cristalliser l’attention des médias du monde, rien ne semble avoir changé dans la populaire commune bruxelloise. Sur la place principale, des gamins jouent au ballon pendant que des étudiants profitent du soleil. Certes, les vitrines de diverses échoppes abritent des mannequins vêtus de niqabs, rappelant au badaud l’une des particularités locales, mais Molenbeek n’a rien d’un coupe gorge. Elle est en revanche extrêmement défavorisée. Le chômage flirte ici avec les 30 %. Entre le centre-ville et ces quartiers déshérités, le canal a longtemps été considéré comme une barrière. Toutefois, ses quais subissent depuis quelques années un lifting spectaculaire. Des complexes immobiliers s’y érigent pour accueillir une population plus aisée. Parmi les projets phares de ce renouveau, les anciennes brasseries Belle-Vue hébergent depuis 2013 un hôtel design. Et maintenant, le Millennium Iconoclast Museum of Art.

Réseau – Dans un bâtiment tout en briques, le MIMA s’étend sur 1 300 m2 et quatre étages. Il est dédié à la culture 2.0, soit une forme artistique qui a évolué avec les nouveaux moyens de communication, telle que revendiquée par Banksy : « Aujourd’hui nul besoin d’aller à l’université, de se balader avec son portfolio, de faire de la lèche aux galeries et leurs nuées de prétentieux. Pas besoin non plus de coucher avec quelqu’un d’influent. Tout ce qu’il vous faut, c’est quelques idées et une connexion haut débit. Pour la première fois, le monde bourgeois de l’art appartient au peuple. Il s’agit d’en faire quelque chose ». Derrière cette formule iconoclaste, il s’agit donc de s’affranchir du carcan muséal classique où l’on décide d’en haut de ce qui est beau, à servait autrefois à la fabrication de la travers une pratique horizontale (propre à Internet et aux réseaux sociaux), mais aussi transversale. Le musée souhaite en effet mettre en avant des créateurs issus de tous horizons : musicaux (electro, hip-hop…), graphiques (illustration, design), sportifs ou « urbains » comme le montre cette première exposition temporaire, City Lights. Tous originaires de Brooklyn, les artistes invités pour l’occasion dévoilent des oeuvres qui ont vocation… à disparaître. Le duo Faile a par exemple installé un kiosque monumental orné de gravures inspirées du mouvement pop des années 1960. La salle qui gueuze abrite la fresque psychédélique de Maya Hayuk. De son côté, la street-artiste Swoon, dont le travail se rapproche de celui de Banksy, trouvait les pièces du bâtiment trop propres et a décidé d’installer ses collages dans la cave !

Faile©The Pickles & MIMA MUSEUM

Communion – Au-delà des expositions, l’équipe du MIMA soutient la dynamique associative du quartier, en (re) connectant les populations entre elles. Des contacts ont déjà été établis avec le VK, illustre salle de concerts molenbeekoise, mais aussi avec des écoles ou un club de boxe. « Il faut ménager des espaces de communion, favoriser la cohésion, selon Alice Van den Abeele, l’une des co-fondatrices. Ce lieu va attirer du public et on espère que les habitants vont aussi se l’approprier. On parle de gentrification, mais je n’aime pas ce terme. Il n’y a pas ici une culture qui prend le pas sur une autre. Il en existe des centaines ». L’inauguration était prévue un mois plus tôt. Mais les attentats du 22 mars ont bousculé l’agenda. « Depuis, les choses ne sont plus les mêmes, mais cela confirme notre raison d’être, explique Raphaël Cruyt, l’un des quatre initiateurs du projet. On doit faire face aux extrémismes et défendre la liberté de création. Pas pour diluer toutes les cultures dans la nôtre, mais pour s’en enrichir».

Texte : Julien Collinet // Photo : ©Momo & The Pickles and mimamuseum.eu
Informations
Bruxelles, MIMA
24.03.2016>31.12.2016mer > dim : 10 h > 18 h, 9,50 / 7,50 / 5 € (scolaires) / gratuit (-12 ans)
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