Stranded Horse
Kora corps
Qu’elle est belle, l’épopée de Stranded Horse ! Un parcours qui s’étale sur une quinzaine d’années, prend sa source dans l’underground folk parisien et se poursuit sur les côtes ouest-africaines pour revenir en France, les yeux et les oreilles chargés de souvenirs et de savoir-faire.
À l’origine, un dénommé Yann Tambour. Drôle de tour joué par l’état civil au vu de la discrétion d’un musicien qui, sous l’alias Encre, s’adonna à l’acoustique perturbée de boucles électroniques entre 2001 et 2006. Du folk bricolo ? Pas si simple : sombre, introspective, cette musique happait la lumière et remuait les tripes. En dépit d’un succès critique, Encre ne parvint jamais à toucher les foules. Ceci pourrait changer avec Stranded Horse. Cet avatar voit le trentenaire se renouveler en sortant de ses petites habitudes. C’est avant tout le fruit d’une rencontre avec un instrument peu usité dans la pop, la kora. Un instrument de la famille des harpes originaire d’Afrique de l’Ouest. Le Français découvre l’engin par hasard, lors d’un festival dans la Manche. Une révélation. Il s’approprie l’objet, voyage au Sénégal, et travaille avec Boubacar Cissokho. En trois albums ponctués de relectures étonnantes (Joy Division, The Smiths, Jackson C. Frank…), Yann Tambour maîtrise de mieux en mieux l’engin – finissant même par construire ses propres koras chromatiques. Alors, au risque de conclure sur une pointe cucul la praline, on goûte ses métissages sonores et culturels, au moment où les frontières semblent plus que jamais infranchissables.



