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Haut lieu de résistance culturelle

IL MACELLO DI GIOBBE regia di Fausto Paravidino
© Valeria Tomasulo

Au cœur de la cité éternelle, à deux pas d’un bâtiment des carabinieri et des grandes institutions de la capitale italienne, se trouve le plus vieux théâtre romain encore en activité. Écrin architectural datant de 1727 que Berlusconi aurait bien privatisé si l’élan populaire n’en avait décidé autrement. Une occupation militante et trois ans de laboratoires artistiques plus tard, une fondation et un spectacle ont vu le jour. Si ce dernier semble persona non grata sur le sol où il a été conçu, il est à découvrir à Bruxelles !

14 juin 2011. Le peuple italien vient de remporter le référendum sur l’eau publique, la sortie du nucléaire et la levée de l’immunité pénale de son président. à la faveur de ce mouvement de contestation, des artistes prennent le Théâtre Valle d’assaut pour lui éviter de devenir un hôtel ou un restaurant. Ils espèrent tenir une heure pour obtenir une couverture médiatique. Ils y resteront trois ans. Très vite, le monde de la culture est rejoint par d’autres forces. Si le soutien de personnalités telles que Peter Brook ou Arianne Mnouchkine joue un rôle indéniable, la présence de juristes, d’économistes, de fonctionnaires de l’état permet au mouvement de réfléchir au statut des artistes et de développer des dispositifs de financement éthique et d’éducation des publics. En 2013, les occupants montent la Fondazione Teatro Valle bene commune, défiant les obligations légales d’une telle structure. Ainsi le traditionnel mécène est remplacé par un collectif de 5 600 donateurs, certes modestes mais permettant de constituer un capital. Et le siège social – qu’une fondation doit légalement être en capacité financière d’acquérir – est directement implanté au Théâtre Valle.

Le rideau tombe

« Nous voulions pousser la loi dans ses retranchements afin de sortir de la dualité propriété d’État/propriété privée. Certains enjeux doivent être de l’ordre du bien commun. », témoigne Valeria, l’une des occupantes. Le préfet de Rome ne l’a pas entendu de cette oreille, et a invalidé la fondation. Puis, en août dernier, prétextant des travaux urgents à effectuer dans le théâtre, le gouvernement a expulsé les occupants. Pour ces derniers, deux urgences s’imposent alors : faire entendre à la future direction artistique du Valle la nécessité d’en conserver les principes impulsés depuis trois ans. Et sauver la première création que le collectif s’apprêtait à finaliser : El Macello di Giobbe. La pièce, écrite et mise en scène par Fausto Paravidino, revisite le thème biblique de Job. « L’histoire ne parle pas de l’occupation du théâtre mais elle a été portée par l’effervescence de ces trois années », précise le jeune dramaturge. La trame est aussi un conflit générationnel « entre des parents qui ont appris que travailler leur permettrait d’avoir une belle vie, et des enfants pour lesquels le capital a vaincu les travailleurs ». Trois semaines de représentation étaient programmées en septembre au Valle. C’est finalement à Bruxelles que seront accueillies les premières dates de cette aventure atypique. Une histoire d’art et de résistance.

Texte Aurore Krol / Photos Valeria Tomasulo
Informations
Bruxelles, Bozar

Site internet : http://www.bozar.be/

du mardi au dimanche, de 10:00 à 18:00, et le jeudi jusqu'à 21:00 (sauf pendant les vacances d'été).

Il Macello di Giobbe, de Fausto Paravidino, Teatro Valle Occupato/Fondazione Teatro Valle Bene Comu15.10.2014>16.10.2014salle M, Bruxelles, 20 h, 18/16€
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