Home Exposition Fritz Haber

Le combat intérieur

© Ed. Delcourt

Quand la petite histoire se mêle à la grande… Prenons celle de Fritz Haber. Un Allemand pétri de contradictions qui servit à la fois la science et la guerre. De ce destin hors du commun, David Vandermeulen a tiré une bande dessinée titanesque. Celle-ci fait aujourd’hui l’objet d’une exposition retraçant cette trajectoire incroyable et avec, celle de l’Allemagne du début du xxe siècle.

Fritz Haber ? Un personnage fascinant. Né en 1868, ce scientifique découvre la synthèse de l’ammoniac (fondamentale pour les engrais) et obtient le Nobel de chimie en 1918. Mais ce compagnon d’Einstein (entre autres) a également mis au point l’ypérite, ou gaz moutarde, cause de nombreux morts durant (et surtout après) la Première Guerre Mondiale. En dépit d’une exposition 83 carrière brillante, ce Juif allemand et nationaliste fervent est contraint à l’exil par les Nazis – il décède sur la route de Bâle en 1934. Homme de paradoxes et de mystères, Haber a inspiré à David Vandermeulen une bande dessinée aux folles ambitions : un millier de planches, six tomes (dont quatre sont parus), plus de 250 personnages dont aucun n’est inventé.Dans cette recherche quasi-scientifique de la vérité, le dessinateur belge a épluché des archives à travers le monde, interrogé scientifiques et historiens, lu et compulsé des dizaines d’ouvrages.

Nuages d’images

Mais jamais l’artiste n’est écrasé sous le poids des références – au contraire : Vandermeulen ne dessine pas des planches, mais de (très) petites cases aux tons sépia réunies ensuite. Travaillé à la javel, le résultat est idéalement… gazeux. Enfin, nulle bulle ici,mais des sous-titres et des cartons, façon film muet des années 1920. À l’instar des albums, l’exposition suit le cours sinueux de la vie d’Haber, cet Esprit en guerre, pour dépeindre un portrait de la jeune Allemagne, en huit chapitres : les dernières heures de l’Empire, la naissance du sionisme, la guerre des gaz, les rapports entre science et industrie… Le parcours réunit près de 500 dessins (parfois agrandis), mais aussi des objets (mitrailleuse, masques à gaz…) et une projection de Die Nibelungen (1924) de Fritz Lang. Enfin, on demeure pensif devant cette boîte de 4×4 mètres : le bureau de Fritz Haber. Des ouvertures permettent de regarder à l’intérieur, mais pas d’y pénétrer. Comme une boîte de Pandore à jamais refermée.

Thibaut Allemand
Informations
Mons, Salle Saint Georges

Site internet : http://www.mons.be/

12.07.2014>16.11.2014mar>ven, 12h>18h, sam>dim, 14h>20h, 2€, A partir du 22 août, profitez du ticket combiné "La bataille de Mons"+ "Signes des temps" + "Fritz Haber" pour 9€/6€.
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