Michaël Borremans
L'illustre inconnu
Mondialement connu (des collectionneurs), mais assez méconnu en son pays, le gantois Michaël Borremans se voit offrir sa première grande rétrospective après vingt ans de carrière. La centaine d’œuvres présentée provoque un sentiment plutôt ambigu. On demeure admiratif devant tant de beauté formelle, mais ces dessins, peintures, films et photographies procurent également une angoisse diffuse.
Une chose est certaine : Michaël Borremans soigne ses effets : dès l’entrée, on est saisi par un portrait en pied frisant les quatre mètres (The Avoider). Du massif, du monumental, tout comme Neo Rauch, présenté en ces murs voici un an ? Pas si vite : dans la première salle, de petits formats obligent le visiteur à s’approcher – jusqu’au trouble : ces personnages solitaires sont-ils vivants ? Morts ? Emplis de quiétude ou profondément abattus ? Nul ne le sait. Photographe et graphiste de formation, le natif de Grammont, qui a débuté la peinture à l’âge du Christ, se défend de réaliser des portraits. Il immortalise ses amis ou des modèles, mais cherche les physiques les plus universels possibles – l’important demeure la composition, en témoigne Sleeper : une enfant endormie, une jeune fille décédée ?
Indices
Dans son atelier de Gand, le quinquagénaire travaille uniquement à la lumière naturelle. Ce qui explique en partie (le talent et la technique font le reste) pourquoi ses œuvres évoquent le travail des grands maîtres – de Velasquez à Courbet en passant par Goya. À quelques détails près : si les trois maîtres précités cherchaient le réalisme, Borremans glisse des imperfections, laisse quelques traînées de peinture ici et là, jouant avec la matière – graphite, huile, vernis… Si l’on vous laisse découvrir la salle des vidéos – avec entre autres des corps immobiles tournant sur eux-mêmes, telles d’étranges statues – on ne peut passer sous silence la salle des grands formats, où le trouble atteint son paroxysme : ainsi de The Angel, immense anonyme (3×2 m) en robe rouge dont le visage, peint en noir, interroge : triste carnaval ? Deuil ? Ne comptez pas sur l’artiste pour livrer une explication.
Site internet : http://www.bozar.be/
du mardi au dimanche, de 10:00 à 18:00, et le jeudi jusqu'à 21:00 (sauf pendant les vacances d'été).











