o.n.l
En avant la musique !
Un nouvel auditorium, des concerts à l’heure du déjeuner, des ciné-concerts, des représentations dans toute la région et par-delà les frontières, L’Orchestre National de Lille ne chôme pas. Non content d’être l’un des orchestres nationaux les plus influents, l’ensemble fondé par Jean-Claude Casadesus innove sans cesse, pour toucher de nouveaux publics. Philippe Danel, directeur artistique délégué, lève un coin du rideau.
C’est un drôle de ballet auquel on assiste, plusieurs fois dans l’année, du côté de la place Mendès-France : à la mi-journée, des centaines de personnes convergent vers le Nouveau Siècle pour en ressortir 45 minutes plus tard, la mine ravie et des étoiles plein les yeux – plein les oreilles, plutôt, puisque ces mélomanes avertis ou simples amateurs viennent d’assister à un concert-flash. Un quoi ? Une représentation durant la pause casse-croûte. Mais quelles notes se marient avec le jambon-beurre ? « Toutes, répond Philippe Danel dans un sourire. Depuis le début, les concerts-flash ont été servis par l’orchestre complet, un solo de clarinette ou encore un un pianiste jazz comme Baptiste Trotignon ». Belle façon d’annoncer le concert du soir, et les couleurs défendues par l’Orchestre national de Lille. Belle façon, aussi, de toucher d’autres publics. « À l’origine, se souvient le directeur, nous voulions toucher les retraités qui ne sortent pas forcément le soir, et titiller la curiosité des étudiants. Mais en sus de ce public, de nombreux salariés qui travaillent à proximité sont venus. D’autant que certains habitent loin de Lille ».
Porter la musique partout où elle peut être reçue.
Ces mots sont de Jean-Claude Casadesus, fondateur, âme et figure de proue de l’o.n.l., dont l’aura dépasse largement la région Nord-Pas de Calais et la musique classique. Des mots qui définissent à merveille la ligne directrice d’un orchestre fondé en 1976 et qui, depuis, n’a cessé de propager la musique (et son amour) à travers la région – et aux quatre coins du globe, aussi : en septembre dernier, l’ensemble se produisait au Kazakhstan, et s’envolera bientôt vers la Chine. Le tout sans jamais délaisser notre territoire, des hôpitaux aux prisons en passant par plus de 250 communes en 38 ans d’existence. Ce chiffre donne le tournis ? L’important est ailleurs : ce qui est présenté à Arras, Hénin-Beaumont ou Orchies est identique à ce qui est joué à l’auditorium de Lille. Cuisine et dépendances Un auditorium flambant neuf, longtemps attendu et enfin construit, véritable écrin pour les musiciens. « L’orchestre a besoin de la salle comme le violon, de sa caisse de résonance, explique Philippe Danel. C’est le même principe que les enceintes retour d’un guitariste électrique. Sans ce retour, les artistes sont trop dépendants du chef d’orchestre ». Tiens, parlons-en du chef. À plusieurs reprises, l’o.n.l. a convié d’autres maestros, tels James Judd. Mais la partition ne change pas. À quoi bon, alors ? « Une partition n’est qu’une suite de signes à interpréter, poursuit Philippe Danel. Les notes sont précises, certes. Mais lorsqu’est indiqué “lent”, que faire ? C’est l’interprétation du chef. Chacun a sa patte, son nuancier, son répertoire de prédilection». Enfin, pour ceux qui voudraient en savoir plus, l’o.n.l. montre parfois ses coulisses : les répétitions ouvertes permettent à chacun de découvrir le travail quotidien des violonistes, cuivres et autres percussionnistes. Ces moments d’intimité ouverts à tous permettent, une fois de plus, de briser les derniers clichés sur une musique réputée inaccessible.
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Son & Lumière
Défi de musiciens, relecture d’œuvres légendaires, volonté d’apporter un supplément visuel à la musique – ou l’inverse, les ciné-concerts se ramassent à la pelle : Mad Max par Montgomery, Eraserhead par Cercueil, Desperado par Bikini Machine… Et l’o.n.l. n’est pas en reste. Si on imaginait volontiers l’ensemble donner du coffre à Barry Lindon ou 2001 L’Odyssée de l’Espace, deux bobines indissociables de la grande musique, l’orchestre a surpris une première fois en s’attaquant à… Matrix. « On touche ainsi un public différent, et une corde sensible, s’enthousiasme Philippe Danel. La plupart des spectateurs n’avaient jamais entendu un orchestre en live. La puissance de cent musiciens est phénoménale. Ça vous traverse ». Cette année, avant le Cuirassé Potemkine (1925) d’Eisenstein – avec la partition de Chostakovitch – ou les grands thèmes de John Williams pour Steven Spielberg, c’est le chef-d’œuvre de Walt Disney, Fantasia, qui sera mis à l’honneur. Ou plutôt Fantasia/ Fantasia 2000, soit un mélange des deux longs-métrages, respectivement sortis en 1940 et 1999. L’occasion de croiser la fameuse souris, Donald et Daisy avec le son de Beethoven, Debussy, Dukas, Elgar, Ponchielli, Respighi, Stravinsky, Tchaïkovski… Décidément, l’o.n.l, c’est pas des mickeys.
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