Hanni El Khatib
Brut de décoffrage
Inconscientes ou assumées, les influences de ce trentenaire philippo-palestinien qui a grandi aux USA sont nombreuses. Nourri à l’Americana* des années 1960 et aux pères fondateurs tels Johnny Cash, Johnny Burnette et Sam Cooke, Hanni El Khatib soigne une esthétique vintage. Révélé avec un premier album garage rock en 2011, il transforme l’essai avec Head In The Dirt. Rendez-vous avec un homme-orchestre qui en a sous la gomina.
Que conservez-vous de votre carrière de designer pour la marque de skate HUF ?
J’en garde une certaine éthique et une volonté d’implication, je me sens responsable du moindre détail. D’une manière générale, travailler pour quelqu’un influence votre comportement. Dans beaucoup de groupes, les uns comptent sur les autres, certains ne veulent pas porter leurs instruments et ne savent pas trop pourquoi ils sont là. Avec mes musiciens, on ne fonctionne pas du tout comme ça, on voyage en petit comité et sommes
d’autant plus soudés.
Vous sentez-vous proche de la scène de San Francisco, des groupes comme Thee Oh Sees, Wooden Shjips ?
Non. Je n’ai jamais fait partie de la scène de Frisco, j’y ai juste débuté. Je me sens plus proche de la mouvance de Los Angeles, où j’ai d’ailleurs emménagé il y a quelques années pour travailler. J’y ai fondé le label Innovative Leisure (Bass Drum Of Death, Nosaj Thing, Crystal Antlers) avec deux potes, on forme une vraie famille.
Quels sont vos thèmes de prédilection ?
Je m’intéresse aux émotions, aux sentiments vécus. C’est une question d’humeur, de moment. Je dois me retrouver dans ce que j’écris. Alors, je m’inspire de ma vie et de ceux qui m’entourent. La poésie abstraite, ça n’est vraiment pas pour moi… Il m’arrive parfois d’achever l’écriture après la composition, comme si la musique m’aidait à combler les trous.
Comment travaillez-vous ?
Pour Will The Guns Come Out (2011), j’étais vraiment seul. Je passais des journées entières à enregistrer un morceau, instrument après instrument. Résultat, je ne savais pas comment jouer mes chansons en live. Puis,
j’ai rencontré Dan (ndlr. Auerbach, des Black Keys) dans un bar où je mixais. Du coup, pour le deuxième album, tout est allé très vite. Quelques coups de fil plus tard Patrick Keeler de Greenhornes nous rejoignait à la batterie, Bobby Emmet au clavier ainsi que des choristes. Nous avons tout joué et enregistré live. L’approche est totalement différente, avec un vrai supplément d’âme.
Head In The Dirt ne reste-t-il pas un peu surproduit ?
Le public trouve que mon premier album sonne plus DIY. Pourtant, le deuxième est plus authentique, notamment grâce à la manière dont il a été enregistré. Certains morceaux comme Penny sont même des one shot, d’autres comme Save Me on été réalisés en trois prises… En une demi-heure c’était plié. Cela bride mon perfectionnisme, le rendu est plus spontané, plus vivant. D’ailleurs, j’ai l’intention de continuer comme ça. Avec cette méthode d’enregistrement, je sais exactement comment aborder la scène.
Vous pensez déjà au suivant ?
Vu le rythme insoutenable des concerts, je ne peux pas écrire en même temps. Mais oui, à la fin de la tournée, j’irai à Mexico pour préparer mon prochain album avant de l’enregistrer à L.A. Je ne sais pas encore à quoi il ressemblera. Peut-être une extension des idées qui n’ont pas abouti sur Head In The Dirt, par manque de temps ou de maturité pour certaines compositions.
* Genre qui puise dans les racines de la musique américaine, à la confluence de la folk, de la country, du gospel, de la soul et du rock.






