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Ecrivain en promotion

Écrivain, dramaturge, chroniqueur radio, enseignant, le touche-à-tout Thomas Gunzig manie la nonchalance et l’humour corrosif. En témoigne son quatrième roman, impossible à résumer (Manuel de survie à l’usage des incapables). S’y croisent des employés de supermarché, un baleinier, quatre jeunes ambitieux et des références contre-culturelles sur fond d’attentat et de licenciement abusif. Rencontre en forme de jeu de pistes.

Pourquoi avoir choisi le supermarché pour décor de ce roman ?
Depuis tout petit, j’aime déambuler dans les rayons, regarder le bel ordre des produits. J’ai choisi ce décor pour m’intéresser à son envers. C’est Alice aux Pays des Merveilles, mais inversé. Assez épouvantable. J’aime le contraste de la merveille et de l’épouvante. Un lieu traversé par l’ambition, la compétition et la lâcheté… C’est ce que la société actuelle produit. Des compétiteurs dans certains cas, des gens qui souffrent, qui doivent accepter des rapports d’autorité et la violence qui en découle. Ce monde ne semble pas du tout fait pour l’être humain et le bonheur. Sans oublier la question de la liberté individuelle contrariée par la consommation et l’argent.

L’écriture évoque parfois JG Ballard.
C’est étrange, car je suis fasciné par les bouquins de Ballard. J’en ai achetés beaucoup sur la foi d’une chronique, mais je n’arrive pas à les lire, pas même les nouvelles. C’est très difficile et assez cérébral. En fait, j’ai du mal avec les essais car je ne peux pas me concentrer plus de 38 secondes sur un texte philosophique. C’est un problème de connexions neuronales, je pense. Je préfère les romans, les histoires, voire des ouvrages très techniques, des traités de marketing comme ceux que j’ai lus pour le Manuel.

Alors quelles sont vos influences revendiquées ?
Je suis un fan des Monty Pythons, dont l’humour est impossible à copier. J’aime les bonnes idées, et il y en a beaucoup au cinéma, d’auteur comme des blockbusters. J’ai beaucoup lu de science-fiction, mais aussi des classiques, comme Madame Bovary. Sans oublier la vie quotidienne. C’est pourquoi le supermarché m’intéresse. Il y a là une mise en scène et une dramaturgie : les chefs de rayon, les caissières, les clients, la musique, la lumière, c’est une grande scène de théâtre !

Comment qualifieriez-vous votre humour ?
De l’humour noir, de l’ironie, ou du cynisme ? Pas du cynisme, car c’est un humour de crapule, du type « le monde souffre et c’est très drôle ». Je préfère l’ironie. Mais ici, c’est surtout de l’humour noir.

Avez-vous vraiment réglé un litige avec un éditeur par un combat de karaté ?
Oui ! Un éditeur belge qui avait publié certaines de mes nouvelles a fait faillite en s’accrochant à mes droits. Comme je souhaitais absolument publier ces textes au Diable Vauvert, je lui ai proposé de les racheter ! En vain. Puis, j’ai lu qu’il pratiquait le Taekwondo. Ayant moi-même fait du karaté, je lui ai proposé de régler cette histoire, sous forme de boutade, sur un ring. Or, il a accepté, en posant ses conditions quand même: une confrontation au salon du livre de Bruxelles, pour se faire un peu de publicité… Du coup, je me suis entraîné pendant les deux mois qui ont précédé le combat. Assez viril, puisque le sang a coulé, mais j’ai finalement récupéré mon dû !

 

À lire / Thomas Gunzig, Manuel de survie à l’usage des incapables, Éd. Au Diable Vauvert, 420p., 18€

Propos recueillis par Sylvain Coatleven
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