Mauvais Garçons, Portaits de tatoués, 1890-1930
Poésie Cutanée
Jérôme Pierrat et Éric Guillon, Éd. La Manufacture de Livres
Si les raisons de se tatouer peuvent être multiples, il est certaines catégories de population pour qui l’aspect esthétique se double d’un code autrement plus sérieux. Et ce depuis longtemps déjà. Ces photographes du début du siècle dernier en témoignent. Bienvenue chez les vrais, les durs, les tatoués.
Spécialiste du “crime organisé”, Jérôme Pierrat est également rédacteur en chef de Tatouage Magazine. Et ce beau livre (co-dirigé avec Éric Guillon) se situe précisément à l’intersection, ou plutôt au Milieu, de ses deux grandes préoccupations: tatouage et banditisme. Car les loulous arborant fièrement les souvenirs sous-cutanés de la taule, du bagne ou des colonies (le fameux Bât’ d’Af’) portent sur eux leur histoire et, pour qui en comprend le langage, la seule carte d’identité valable dans cet univers peuplé de vrais durs. Étroitement observés par la police, puis décryptés, ces tatouages valent tous les casiers judiciaires. Ces quelque 200 photographies proviennent d’ailleurs des archives de la Sûreté.
La marge recentrée
À l’instar des récentes publications sur les tatouages de criminels russes ou sur ceux des Gars de la marine (également signé Pierrat et Guillon), Mauvais Garçons détaille les différents motifs et leur signification : étoiles, hirondelles ou slogans vengeurs, tout y est. Une plongée au coeur de la bousille d’antan et, finalement, de son intégration (partielle) à la norme, tant cette esthétique s’est peu à peu démocratisée : rassurez-vous, le papillon n’est plusl a marque des maîtres-voleurs. Comme une symbolique récupération de l’irrécupérable… Avec ce livre, justice est rendue à tout un pan d’histoire de la voyoucratie, souvent méconnue. Et à sa poésie, aussi.
180p., 29€






