Home Best of Interview Thomas Jolly présente Heny VI

Looking for Henry

© Nicolas Joubard

Un demi-siècle de l’histoire d’Angleterre, 12 000 vers, 150 personnages, 25 comédiens et huit heures de représentation. Une folie ? Un défi, un de plus, pour Thomas Jolly. À trente ans à peine, ce metteur en scène, fondateur de la Piccola Familia, s’attaque à la première partie d’Henry VI, cycle fleuve composé de trois pièces de jeunesse de Shakespeare. Et nous donne son point de vue acéré sur le théâtre contemporain.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de monter cette pièce de répertoire ?

Dans Henry VI, chaque scène est un défi. Shakespeare passe de la farce médiévale à l’épique ou au romanesque, du vers à la prose. Ces nombreux registres représentent un incroyable challenge pour un metteur en scène. De plus, si cette pièce est si peu montée, c’est pour de mauvaises raisons, notamment économiques. On touche là aux limites des politiques culturelles françaises qui nous incitent à livrer des objets au format idéal d’une heure et demie, avec peu d’acteurs et peu de décors, sous le prétexte fallacieux que d’autres formats n’intéresseraient pas le spectateur. Il est inconcevable de délaisser ainsi cette pièce, alors que son histoire est si importante.

Justement, dans quelle mesure demeure- t-elle actuelle ?

Elle interroge les qualités requises pour gouverner. Shakespeare nous dit que l’on ne peut pas être assis sur un trône de manière sereine et paisible. Henry est pieux, droit, juste, c’est un souverain magnifique. Et pourtant il se fait terrasser par la guerre de Cent ans, par la Guerre Civile dans son propre pays et par le futur Richard III qui est,  moralement, le chaos fait homme. Ce pessimisme est riche de leçons aujourd’hui. À l’heure où les systèmes politiques sont à revoir et le pouvoir, à redistribuer, cette pièce nous pousse à imaginer de nouvelles façons de diriger.

Beaucoup de classiques ont été réactualisés. Votre version d’Henry VI conserve un aspect historique, notamment l’usage des costumes, pourquoi ?

Je ne conçois pas le théâtre comme un art de la reconstitution, mais pas non plus de la reconstitution contemporaine. Il y a des costumes, mais rien n’est précisément datable. Toutes les pièces que j’ai montées sont achroniques, car il ne me semble pas nécessaire de mettre sur le plateau des éléments contemporains pour que le spectateur prenne conscience de l’actualité du propos.

Huit heures de spectacle, c’est un défi pour le public. Avez-vous effectué un travail particulier sur le rythme ?

Spectateurs comme interprètes savent qu’ils vont traverser quelque chose ensemble, comme une communauté éphémère. Cela démarre en fanfaronnade, en comédie enlevée, pour aller progressivement vers quelque chose de plus rude et exigeant. Le théâtre élisabéthain maitrisait déjà très bien les codes de l’entertainment, c’est pourquoi je me suis amusé à découper la pièce à la manière d’une saga, plaçant les entractes à des moments-clefs, comme dans les séries américaines.

Pensez-vous monter la deuxième partie de l’histoire ?

Oui, je ne peux pas m’arrêter de toute façon ! Même si je devais terminer avec un monologue, j’irais au bout d’Henry VI ! Actuellement les nouvelles sont bonnes, tant au niveau des tutelles que de la réception. On devrait pouvoir monter le deuxième cycle la saison prochaine.

Aurore Krol
Informations
Arras, Théâtre d'Arras

Site internet : http://www.tandem-arrasdouai.eu

>09.03.201315h30, 30/25/20/16€, Intégrale
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