Stephan Eicher
Helvète underground
Stephan Eicher relève de ces quelques artistes dont la réception est plutôt étrange . Ce chanteur central à plusieurs niveaux (en termes géographiques, musicaux, d’influences …) fut perçu, dans nos contrées, comme l’homme de quelques tubes. Pourtant , discrètement mais sûrement, il écrit une œuvre profonde et honnête. Retour sur un malentendu.
À force de nous demander de le laisser Déjeuner En Paix, on avait fini par le laisser prendre tous ses repas seuls. C’est qu’après ce hit paru en 1991, Stephan Eicher fut classé par les sourds et malentendants comme un simple chanteur de variétés, gentil et inoffensif. Les anciens avaient beau se souvenir de Grauzone, hérauts coldwave suisses, rien n’y faisait. Discret et affable, le poète laissait dire, se fichait de changer la donne et se concentrait sur son art, livrant des albums à un rythme régulier pour une poignée de fidèles. Le tout en expérimentant en compagnie d’une myriade de musiciens venus d’horizons divers. Né en Suisse, chantant indifféremment en français, allemand ou anglais, célèbre dans ces pays pour différentes raisons, faisant le pont entre ancienne génération (Cabaret Voltaire a repris son titre No Escape) et jeunes pousses (la moitié des affreux Cocoon co-produit son onzième LP, l’excellent L’Envolée, 2012), Eicher a un pied dans la musique et l’autre dans la littérature – en témoigne son indéfectible et productive amitié avec Philippe Djian. Pour toutes ces raisons, Stephan Eicher incarne, peut-être encore plus qu’Arno, la figure du chanteur européen par excellence. Ce n’est pas rien.
Stephan Eicher
13.12.12, Bruxelles, Le Cirque Royal, 20h, 40/37/33€, +32 (0)2 218 20 15
19.03.13, Lille, Théâtre Sébastopol, 20h, 36,40/32€, +33 (0)3 20 54 44 50



