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La fabrique des icônes

Pierre et Gilles fêtent cinquante ans d’une œuvre trop vite rangée au rayon des bonbons acidulés. Un livre monumental et une exposition parisienne en disent le mordant, la tendresse et le goût rare pour ceux dont personne ne voulait tirer le portrait. Plongée dans un rose bien moins naïf qu’il n’en a l’air.

Dans leur atelier du Pré-Saint-Gervais, costumes, fleurs artificielles et accessoires s’empilent jusqu’à composer un théâtre miniature, bricolé pour la durée d’une photo. Pierre cadre et déclenche. Gilles, lui, reprend l’image imprimée sur toile et la repeint au pinceau, couleur après couleur, jusqu’à ce que le modèle ressemble moins à lui-même qu’à sa légende. Le procédé n’a guère varié depuis 1976, année où le photographe Pierre Commoy et le peintre Gilles Blanchard se sont rencontrés à l’inauguration d’une boutique Kenzo, à Paris. Leur panthéon est un joyeux désordre. Étienne Daho, dont ils signent la pochette de La Notte en 1984, Isabelle Huppert, Sylvie Vartan ou Béatrice Dalle y croisent des anonymes, des drag queens, des saints d’opérette et des marins échappés des quais du Havre, où Gilles a grandi. La star et l’inconnu y sont traités à égalité.

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Le sucre et le sel

La mer, elle, n’a rien d’un décor. Elle dit le désir, la mémoire et le naufrage, celui des années sida, qui a emporté plusieurs des jeunes garçons endormis dans la série Les Naufragés. “Kitsch”, répète-t-on, pour les présenter. Laura-Ève Lambert, qui signe l’introduction du livre, refuse cette étiquette. Selon elle, « leur travail se fonde sur la réalité , mais il l’approche par le rêve ». Même l’artifice a sa raison d’être. Une fleur en plastique ou une larme trop parfaite rappellent que tout, y compris le réel, est mis en scène. Pour Édouard Louis, cet excès est aussi un geste politique : « Chez Pierre et Gilles, la beauté est une revanche. Un refus de se soumettre ».

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Des pages aux cimaises

Ce regard si singulier, le livre en déploie toute l’ampleur sur plus de 500 pages. Pierre et Gilles : Five Decades mêle images emblématiques, œuvres rarement montrées, archives et coulisses de l’atelier, mais aussi des portraits récents, comme ceux de Clara Luciani en Madone aux fleurs ou Juliette Armanet en Jeanne d’Arc. Édouard Louis, Arielle Dombasle, Amanda Lear et Sylvie Vartan y ajoutent des textes tantôt tendres, tantôt engagés, qui prolongent les images. Mais une reproduction, même soignée, ne rend jamais le travail de la main. Pour le mesurer, rendez-vous à la galerie Templon, à Paris, où l’exposition Rose pour toi, rose pour moi réunit une vingtaine de réalisations, dont plusieurs inédites. Camille Cottin prête ses traits à Lady Macbeth, Renaud ra droit à son hommage et Lolly Wish se change en Marie-Madeleine. Chaque pièce est unique, repeinte par Gilles sur l’image imprimée. Offrir à chacun son icône, qu’il soit star ou parfait inconnu, voilà tout le credo du duo depuis cinquante ans.

Camille Lombardo / photo : Lady Macbeth (Camille Cottin), 2026 Courtesy of the artist and Templon © Pierre et Gilles

A lire / Pierre et Gilles : Five Decades, (Insight éditions), 500 p., 59,95€, Sortie 04.11.2026

A voir / Pierre et Gilles – rose pour toi, rose pour moi
Paris, Galerie Templon, 30 rue Beaubourg, 07.11 > 30.12 €, templon.com

+ exposition collective : Trop mignon ! L’art du bonheur

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