Méduse et Merveille
L'école du réel
Lisa Guez / Alexandre TranUn père présente à son fils le monde comme un conte de fées, une mère prépare sa fille à un univers hostile. Dans Méduse et Merveille, Lisa Guez et Alexandre Tran montrent que ces deux façons d’aimer peuvent aussi enfermer. Ils interrogent nos peurs d’adultes et confient à cinq comédiens le soin de rouvrir grand les portes.
Merveille se berce d’illusions sur le monde extérieur, car son père, ouvrier à l’usine, lui assure qu’il chasse les rêves dans une forêt. Méduse, quant à elle, s’attend au pire, entraînée par sa mère à parer tous les dangers. Du haut de leurs tours respectives, voici deux façons de protéger, avec un même risque, celui de grandir sans rien voir par soi-même. Quand le père disparaît, les enfants partent à sa recherche. Confrontés au réel, ils découvrent que la vie n’est ni un conte ni un catalogue de catastrophes. L’ogre, ici, ne guette plus seulement au coin du bois.

Il se niche dans les angoisses qu’on transmet. Car grandir, c’est regarder par soi-même sans renoncer à s’émerveiller. Reste à faire tenir ce monde sur un plateau, de l’usine à la fête foraine. Lisa Guez préfère la suggestion au décor encombrant. Cinq interprètes se métamorphosent en quinze personnages grâce aux costumes et accessoires. Quelques cadres, estrades et un rideau de fils suffisent à faire surgir maisons ou forêts. La lumière fait basculer le quotidien dans l’onirique, tandis que la musique, signée Jonathan Morali (Syd Matters) et Pauline Denize, devient partenaire de jeu. Un spectacle qui fait confiance aux enfants et rappelle aux adultes qu’eux aussi ont franchi la porte.



