Bérangère Fromont
Une place à prendre
RépubliqueDu grain de l’argentique aux gris du papier japonais, Bérangère Fromont compose une vision singulière de Paris. Avec République, elle révèle la poésie inattendue d’une place emblématique, où le skate dessine une autre forme de résistance.
Un dos offert au soleil, une silhouette en suspens, la nuque d’un skateur saisie dans un éclat de lumière… Sur les murs du Théâtre du Nord, la place de la République se découvre par fragments. Les visages s’effacent parfois, les corps se découpent dans le noir et blanc, les gestes semblent suspendus. Pas de foule en colère ni de slogans. L’artiste préfère les marges, ces instants où la politique se joue sans discours. Depuis une quinzaine d’années, cette photographe française explore la résistance, individuelle ou collective, et les manières d’habiter le monde.

Résister en douceur
Pour ce projet, elle s’immerge dans cette place parisienne, haut lieu des contestations, pour en observer les habitués, notamment les skateurs. « Les vrais habitants de la place », dit-elle. En détournant marches, rampes et rebords, ces jeunes opposent aux usages établis une liberté de mouvement joyeuse. Une façon de résister sans brandir de pancarte. Sa méthode creuse ce goût du détail. Armée d’un appareil argentique, sans zoom, Bérangère Fromont photographie la place en plans larges, puis prélève dans ses images des fragments qu’elle agrandit considérablement. Sur le papier japonais washi, l’impression à l’encre de charbon révèle toutes les nuances de gris. Le réel semble alors vaciller, entre apparition et disparition. Loin d’opposer révolte et apaisement, République les fait coexister. Dans ces corps qui cherchent leur équilibre, la photographe saisit une jeunesse en plein élan, fragile et tenace.










